230ème anniversaire de la révolte de 1792 : 2ème journée du lundi 20 août 1792

Sur les 6 jours de la révolte, il existe une documentation abondante, sauf sur ce deuxième jour. La raison en est bien simple : il n’y a pas eu de pillage ou de violences répréhensibles ce jour-là.

Dans les procès qui ont eu lieu après la révolte, ce lundi n’est donc jamais évoqué dans les interrogatoires, ni dans les jugements. On ne peut donc que faire des suppositions en recoupant des indices.

Le dimanche soir après la révolte à Moncoutant, les insurgés devaient se poser beaucoup de questions sur la réaction des autorités. Or ils ont dû apprendre assez vite qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir empêché la désignation des « volontaires ».

A Cerizay aussi, les opérations n’ont pas pu se tenir, et là aussi les gendarmes de Châtillon sur Sèvre ont dû se retirer face au nombre. On ne sait rien sur les opérations à La Forêt sur Sèvre ni à la Chapelle Saint Laurent. Mais il est fort probable que cela ne s’est pas passé non plus dans le calme.

Il semble que dès le lundi matin, des révoltés de Moncoutant de retour dans leurs paroisses, se sont précipités dans les églises pour sonner le tocsin.

Un courrier de la garde nationale de la Chataigneraie à la municipalité de Parthenay donne les éléments suivants :

« … Le commencement de l’insurrection a été à Moncoutant, …les mal intentionnés ont parcouru 7 à 8 paroisses et ont attroupé de gré ou de force presque tous les hommes qu’ils ont amenés à Pugny. Il parait qu’il y a au moins deux mille paysans, mais avec peu d’armes … ».[1]

Autre renseignement apporté par un procès-verbal du Conseil départemental de la Vendée :

«  Un rassemblement considérable s’est formé … que l’on assure être au nombre de 4000 hommes…Il parait que le lieu central de ce rassemblement est le château de Pugny… ces gens attroupés ont grossi leur nombre en forçant les citoyens des paroisses où ils sont passés à se réunir à eux sous peine de mort. … le lundi a été tranquille à Moncoutant, mais le rassemblement a toujours continué à se faire au château de Pugny… ».[2]

Pugny est donc désormais au cœur de la révolte. Mais cette paroisse est dans le canton de la Chapelle Saint Laurent. C’est donc le signe que la révolte initiale se propage à l’est de Moncoutant.

Après avoir rameuté tous les hommes de leur village, les insurgés se sont donc dirigés vers Pugny, dans l’espoir que le château possède des armes. Le marquis de Mauroy, le seigneur local, est parti en émigration en Allemagne depuis plusieurs mois. Selon l’historien local Casimir Puichaud, le régisseur du château, Jean Clément Cendre refuse de laisser les révoltés rentrer mais leur remet un drapeau qui appartenait au marquis.[3]

Dessin du drapeau de Pugny qu’aurait remis Jean-Clément Cendre aux insurgés de 1792. Extrait du livre de Jean Marie Crosefinte « Les drapeaux vendéens», 1988.

Cependant, suite à cela le regroupement ne se disperse pas. Il semble qu’en plus de François Armand de Hanne, les domestiques du château mobilisent les insurgés. A leur tête, il y a d’après un témoin « les frères Poignant » qui sont les beaux frères de Jean- Clément Cendre. Ce rassemblement restera à Pugny autour du château jusqu’au mardi matin.  

Pendant ce temps, la révolte se développe aussi à l’ouest de Moncoutant.  Toujours d’après la garde nationale de La Chataigneraie, les communes de La Ronde et de Saint Marsault se sont aussi insurgées. Celles-ci sont dans le canton de la Forêt sur Sèvre. Ce sont donc désormais 3 cantons Deux sévriens qui sont concernés. Encore pire, les communes vendéennes limitrophes de Saint Pierre du Chemin, Menomblet et Montournais sont aussi touchées.

Dans ce secteur, les insurgés ont probablement mis à leur tête un noble local : Gabriel Baudry d’Asson, de Brachain de Saint Marsault. Il a la réputation d’être très hostile aux autorités révolutionnaires.

Le tocsin sonne donc continuellement dans une dizaine de paroisses autour de Moncoutant quand le soleil se couche ce lundi 20 août.

A bientôt pour la suite.

J-Philippe Poignant


[1] AN F7 3690/1-6 diffusés par AD 85 en ligne, vue 9/16.

[2] AN F7 3695/1-10 diffusés par AD 85 en ligne, vue 8 à 10/10.

[3] Casimir Puichaud, Histoire d’un drapeau vendéen, 1898, page 9.

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