6- 1792-1794 les 2 régisseurs du château de Pugny dans la guerre

Les trois documents ci-dessous ont une valeur historique exceptionnelle car ils permettent de mieux connaitre les habitants du château de Pugny et leur rôle durant les guerres de Vendée.

Ces trois transcriptions inédites nous ont été remises par Monsieur Michel Chatry, Président du Souvenir Vendéen que nous remercions chaleureusement.

Les anciennes étables

 

1er document – Octobre 1792 : requête pour Antoine Huzé 

La révolte partie de Moncoutant qui,  du 18 au 25 août a fait plusieurs centaines de morts dans le bocage bressuirais, a aussi aboutie à la destruction et au pillage du château de Pugny. Dans le cadre de la répression des autorités républicaines, de nombreux paysans de Pugny et des environs, mais aussi des domestiques du domaine sont alors emprisonnés à Niort en attente de jugement. Le régisseur officiel du château, Antoine Huzé, vient d’être arrêté.  L’autre administrateur des biens du château, Clément Cendre et des proches déposent alors une déclaration chez les notaires de Moncoutant, Fradin et Beliard, pour disculper Huzé.

2ème document – Novembre 1793 : le capitaine de Combrand

Il s’agit d’un extrait de procès verbal militaire servant de rapport. L’armée Vendéenne  lourdement battue à Cholet le 17 octobre, a franchi la Loire s’engageant dans la virée de galerne qui aboutira à sa perte fin décembre.  Antoine Huzé, de suspect pour les administrateurs républicains, est devenu  commissaire du district de Bressuire à la suite de l’armée républicaine. Le rapport raconte l’exécution sommaire d’un officier bleu à Combrand le 11 octobre 1793 après la défaite républicaine de Châtillon, et la découverte de son corps le 10 novembre par une patrouille à laquelle participe Huzé.

3ème document – Décembre 1793 : requête pour Clément Cendre

Après la défaite de Cholet et le franchissement de la Loire par l’armée vendéenne le 18 octobre 1793, les autorités républicaines se sont progressivement rétablies dans le bocage bressuirais en quelques semaines. Elles commencent alors des vagues d’arrestations de personnes soupçonnées d’avoir soutenu l’insurrection vendéenne.

C’est dans ce contexte que Clément Cendre devenu maire de Pugny en 1792, est arrêté fin décembre 1793 et détenu dans le donjon de Niort dans l’attente d’un procès. En apprenant son arrestation, 9 témoins déposent une requête au Breuil Bernard  auprès des notaires Fradin et Beliard déjà mentionnés pour le disculper.

Cette requête s’avérera hélas infructueuse puisque Clément Cendre sera condamné à mort le 16 février 1794 par le tribunal criminel de Niort et guillotiné le 3 mars suivant place de la Brèche.

Cette fin tragique nous laisse face à deux hypothèses sur la personnalité de Clément Cendre :

  • Aurait-il joué un double jeu ? Selon la requête, il se serait  comporté en bon citoyen,  mais selon son jugement il aurait apporté  un soutien actif à la révolte vendéenne (il semble bien que ce soit lui qui ait remis le premier drapeau aux révoltés de 1792) .
  • Aurait-il été mêlé involontairement aux événements ? Il aurait alors été victime de la répression aveugle de la terreur de l’an 2 après une dénonciation calomnieuse.

Le première hypothèse est probablement la bonne car nous savons avec certitude que sa belle famille Poignant s’est illustrée par son engagement dans les guerres de Vendée.  Cependant l’ampleur des témoignages en faveur de Clément Cendre, son élection en tant que maire, son engagement pour sauver Antoine Huzé illustrent une personnalité énergique et appréciée.

Le préfet des Deux Sèvres Dupin évoquera en 1803 Clément Cendre et ses travaux pour développer la culture de la pomme de terre dans le bocage dans les années 1780 : « La révolution mit trop tôt fin aux projets de cet homme industrieux. Mais il laissa un exemple utile, et pour cette fois, on en profita.  »

Rarement un insurgé vendéen reçut un tel hommage d’un responsable républicain.

Bonne lecture.

J-P. Poignant

1 Requête pour Huzé

2 Capitaine de Combrand

3 Requête pour Clément Cendre