L’abbé Guillon, 4ème partie : guerre et paix

Nous avions laissé l’abbé Guillon acquitté par le tribunal criminel de Niort le  22 décembre 1792 de son accusation de participation à la révolte du mois d’août.

Avec l’abbé Hulé de Largeasse, il a été renvoyé devant les autorités du district de Bressuire sous escorte de gendarmerie pour vérification de leur assujettissement à la loi de déportation du 26 août 1792.

A partir de là on n’a plus de nouvelles du curé de Pugny pendant les deux ans et demi de la période la plus terrible qu’ait jamais connu sa paroisse. Qu’est devenu l’abbé Guillon à partir du début 1793 ? Où était-il avant sa réapparition en juillet 1795?

Selon “L’histoire de Pugny” publiée en 1980 par l’abbé Mulon, il aurait vécu caché durant toute cette période à la Guibaudière dans la famille Drillaut. Mais cette version s’avère peu probable.

Un livret de registre paroissial avec 24 actes retranscrits qui mettent en avant une période d’absence de 30 mois. 

En effet, les registres paroissiaux disponibles aux archives des Deux Sèvres comprennent un livret qui débute de la façon suivante : “Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint Pierre de Pugny contenant douze feuillets notés et paraphés par nous soussignés contenant les années depuis (17)92 jusqu’à (17)95”.

Signé : Jacques Grimaud, François Chabot, Pierre Drillaud, Jacques Sionneau.

Entête du registre paroissial de Pugny pour les années 1792 à 1795 précédant les actes retranscrits au retour de l’abbé Guillon. AD79 BMS Pugny 1792-1804 Vue 1/175

Ce registre comprend 2 séries d’actes tous rédigés par l’abbé Guillon. La première série que nous allons désormais étudier est très particulière puisqu’il s’agit de la description de cérémonies effectuées en son absence et retranscrites devant témoins. Elle  comprend 24 actes datés du 27 juin 1792 à avril 1795  : 20 sépultures, 3 baptêmes et un mariage.

Les actes ne sont pas mentionnés dans l’ordre chronologique, ce qui indique que cette retranscription s’est faite progressivement en rassemblant les souvenirs des témoins.

Relevé du registre paroissial de Pugny 1792-1795 des 24 actes retranscrits après le retour de l’abbé Guillon. 13 premiers actes

 

 

Relevé du registre paroissial de Pugny 1792-1795 des 24 actes retranscrits après le retour de l’abbé Guillon. 11 derniers actes.

Les 3 baptêmes, le mariage, et une sépulture ont été effectués par trois autres prêtres :

  • Guéniveau, vicaire de Courlay a fait les deux 2 baptêmes de Pierre Merceron et Pierre Texier en juin et juillet 1793 et a marié Louis Texier et Marie Fradin, parents de Pierre en août 1793.
  • Gautier, vicaire de la Chapelle Saint Laurent a fait le troisième  baptême (Louis Cogné, fils de Jacques et Jeanne Tranchet) en juillet 1794.
  • Renou, curé de Saint Pierre des Herbiers y a enterré le 25 septembre 1793 Pierre Bisleau, 28 ans, habitant de Pugny.

19 actes, tous de sépultures, sont la transcription de cérémonies effectuées sans prêtre.

4 concernent des femmes, 15 des hommes.

3 groupes de dates (octobre 1793, 10 et 12 avril 1794, 12 mai 1794) concentrent 11 des 19 enterrements.

Octobre 1793 : 4 victimes de la colonne de l’adjudant général Desmarres? 

Le premier groupe comprend :

  • Marie Gautier(16 ans) inhumée le 20 octobre 1793
  • Jacques Brossard (20 ans) inhumée le 21 octobre habitant du bourg de Chanteloup
  • Jeanne Chamard (40 ans) inhumée le 29 octobre habitait à Montifaut de Pugny.
  • Françoise Denis (85 ans) inhumée le 29 octobre. Elle est la grand-mère de Marie Gautier. Elles habitaient ensemble à Largeasse au moulin de la Sapinaudière.

Cette période correspond à l’entrée massive des troupes républicaines dans le bocage bressuirais en provenance de Parthenay, la Châtaigneraie et Thouars.  Elles ont pratiqué la technique de la terre brûlée pour provoquer la panique des populations civiles et gêner les mouvements des troupes vendéennes. Les 9 et 11 octobre,  deux batailles au moulin aux chèvres et  à Châtillon (Mauléon) ont consacré l’éviction de l’armée catholique des Deux-Sèvres. Elle sera battue à Cholet le 17 octobre et passera outre-Loire dès le 18, laissant toute la Vendée militaire à la merci des exactions des armées républicaines.

On sait qu’une colonne de l’adjudant général Desmarre à brûlé à cette période Chateauneuf de Largeasse, les dépendances du château de Pugny et le village de la Rue. Le moulin de la Sapinaudière est entre Chateauneuf et Pugny. A travers ce faisceau d’indices, on peut donc légitimement penser que nous avons ici affaire à  4 victimes de l’unité commandée par Desmarre. A noter que trois des victimes sont des femmes. Ce sont les seules victimes féminines présumées identifiées à Pugny.

Avril 1794 : 4 victimes de la colonne républicaine qui a détruit le bourg de Pugny?

La deuxième série comporte 4 noms :

  • Louis Fradin (60 ans) du bourg de Pugny, inhumé le 10 avril
  • Pierre Neau (48 ans) sabotier du bois de Chanteloup de Pugny, inhumé le 12 avril
  • Jacques Baudin (45 ans) du bourg de Pugny, inhumé le 12 avril
  • Louis Renaudeau (54 ans) métayer à la Maupetitière de Pugny, inhumé également le 12 avril

Dans quelle circonstances ces 4 hommes relativement âgés sont-ils décédés?

Pour Louis Fradin, on sait que sa maison du bourg a été été brûlée en avril 1794. L’incendie à cette période est mentionné dans le registre d’indemnisation des destructions de la guerre de Vendée de 1811. Son fils René Fradin fait partie des propriétaires alors indemnisé. Louis Fradin aurait-il été tué lors de l’incendie du bourg qui a détruit sa maison?

Pierre Neau, Jacques Baudin, et Louis Renaudeau sont tous les trois mentionnés comme morts le matin du jour de leur inhumation. Cette mention semble faire référence à une exécution (les enterrements à l’époque se faisaient le lendemain ou le surlendemain du décès). Étaient-ils otages ?  Ont-ils été surpris par une patrouille alors qu’ils se cachaient  ? Ont-ils attaqué un détachement pour protéger la fuite de  leurs proches? Nous ne le saurons probablement jamais.

Ces 4 victimes seront rapidement vengées. Le 18 avril, jour du vendredi saint, les soldats vendéens du général Marigny mettront en pièces une colonne républicaine de hussards à Boismé (voir article concernant cette bataille). On sait par la  pension d’invalidité du soldat vendéen Pierre Savin que les combattants de Pugny participaient à ce combat.

12 mai 1794 : nouvelles exactions républicaines ou règlement de compte vendéen?   

3 sépultures du registre sont en date du 12 mai 1794 :

  • Pierre Pol (55 ans) maçon de la Chapelle Saint- Laurent
  • Jacques Mesnard (38 ans) marchand de la Championnière de La Chapelle Saint Laurent
  • Henry Mimault (âge non mentionné) sabotier au bourg de Pugny

Ces trois inhumations à la même date font penser à une nouvelle exécution d’otages ou un nouveau combat. Mais un détail fait douter des circonstances : Jacques Mesnard,  marchand à la Championnière de La Chapelle Saint Laurent,  est mentionné comme témoin lors du procès de  Louis Gauffreteau, maçon de la Chapelle Saint Laurent, combattant vendéen jugé et condamné à mort à Niort le 3 décembre 1793 pour avoir été à la tête d’une bande chez le nommé Ménard à la Championnière, et l’a menacé de le tuer ainsi que ses enfants, s’il ne livrait pas tout ce qu’il avait chez lui. ( A. Proust, la justice révolutionnaire à Niort,  page 45, édition 1874).

Ces trois nouvelles victimes auraient-elles  été victimes de représailles vendéennes pour avoir collaboré avec les autorités républicaines ?