Pierre Savin, de Trayes, soldat de la grande armée de Napoléon mort à 20 ans

Fusiliers de l’infanterie impériale française vers 1810

Sur les  registres d’état civil  de la commune de Trayes en date du 15 février 1812, on relève l’enregistrement du décès le 8 décembre 1811 de Pierre SAVIN, à l’âge  de 20 ans. Ce jeune soldat est décédé à l’hôpital militaire de Hambourg, en Allemagne du nord, à 1300 km de son foyer.

Extrait du décès de Pierre Savin AD 79 Trayes 1812

Ce Pierre SAVIN était :

  • le fils de François SAVIN (1744-1820) domestique,  et  de Perrine CHAIGNEAU (1752-1812), de Trayes
  • le petit-fils de Pierre SAVIN (1726-1781) et de Marie CHARRIER (1723-1783), de Largeasse
  • le neveu de Pierre SAVIN (1766-1841), combattant vendéen, et de Marie-Louise POIGNANT (1768-1836) de Pugny

On trouve son signalement sur  le « Registre des matricules de l’armée napoléonienne »  (garde impériale et infanterie de ligne) pour la période 1802-1815 » (source internet).

Fiche militaire de Pierre Savin

Ce conscrit, simple domestique,  a été recruté à Moncoutant, par le tirage au sort du n°20. Il était brun,  plutôt grand pour l’époque : 1m 70. Il a été affecté au 17ème régiment d’infanterie de ligne, 1er bataillon, 2ème compagnie.

Lui qui était né en 1791 dans une famille ensuite très impliquée dans les guerres de Vendée n’avait pas eu d’autre choix que de servir dans l’armée impériale de Napoléon. Les tirages au sort des conscrits dans le bocage étaient alors très encadrés par la gendarmerie, suite à des troubles à Courlay en 1806. Les réfractaires étaient alors inlassablement pourchassés et leur famille condamnées à de lourdes amendes.

Incorporé le 7 juin 1811, Pierre Savin  est mort le 8 décembre d’une forte fièvre à l’hôpital d’Hambourg. Le document ne précise pas si elle est la conséquence d’une blessure ou d’une maladie.

Pourquoi  Hambourg ?

Cette importante ville libre portuaire de la Hanse a été occupée par les français en 1806 au moment de la défaite des prussiens face à Napoléon. Comme elle avait des relations commerciales historiques avec l’Angleterre, l’arrivée des français a entrainé une vive hostilité de la population.  C’est pour mieux contrôler ce territoire que Napoléon l’a transformé le 1er janvier 1811 en département français à part entière, celui des «  Bouches de l’Elbe ». Napoléon estimait pouvoir construire à Hambourg plus de vingt-cinq bateaux de guerre par an, objectif jamais atteint.

Carte de l’empire français en 1811. http://www.napoleon-empire.net

A cette période l’empire français comptait 130 départements et comprenait l’Allemagne du nord et de l’ouest, la Belgique et les Pays-Bas, la Catalogne et une partie de l’Italie jusqu’à Rome. Le département des Bouches de l’Elbe, le plus au nord de l’empire, a existé jusqu’à la défaite de Napoléon et son abdication le 6 avril 1814. Les troupes françaises ont dû  affronter à Hambourg une révolte en mars 1813 et ensuite un siège de 6 mois des armées prussiennes, russes et suédoises à partir de décembre, pour finir par être évacuées en mai 1814.

Donc, si le régiment de Pierre Savin a été envoyé à Hambourg  en 1811, ce n’est pas pour y faire la guerre (on était alors en paix) mais pour maintenir l’ordre dans une région hostile à l’invasion française.  Il est à noter que le 17ème régiment d’infanterie à ensuite participé à la campagne de Russie en 1812, et que ses survivants ont combattu en Allemagne en 1813. Des compagnons de régiment de Pierre Savin, il en est donc bien peu qui ont survécu et sont revenus dans leur foyer.

Le résumé de la vie de Pierre Savin, c’est sa petite enfance dans un bocage dévasté par la guerre civile et les exactions des armées républicaines ; le retour à la paix et la reconstruction ; l’adolescence vécue dans un bocage surveillé par les gendarmes qui pourchassent les jeunes réfractaires à l’armée et les prêtres dissidents ; un tirage au sort malheureux ; l’inquiétude et les larmes de sa famille ; l’incorporation et de longues marches épuisantes ; un grand dépaysement dans un pays occupé froid et inhospitalier ; sans doute bien des souffrances avant d’expirer dans un hospice militaire sordide…

L’information de son décès mettra plus de 2 mois à parvenir dans les Deux-Sèvres. A peine trois mois après l’annonce de la mort de son fils, sa mère décédera à Largeasse le 11 mai 1812.

Merci à Bernadette et Raymond pour leurs recherches qui ont permis de faire revivre le terrible destin de ce malheureux jeune homme.