La légende du timbre aux chats.

En septembre 2017, nous avions fait une première ébauche d’un article sur la légende du « timbre aux chats » article que vous pouvez retrouver dans notre rubrique « autour du château » dans le bandeau supérieur de la page d’accueil du site.

Suite à une investigation de notre équipe de recherche sur une pierre prise au départ pour un mortier à millet, nous avions découvert que le timbre aux chats est en fait un support de  »Bourdonneau  » de barrière de Gâtine.

Notre ami rémy BILLAUD, nous fait présent d’un article qu’il a rédigé à partir d’ouvrages régionaux  ainsi que de notes et photographies personnelles qu’il a prises :

La légende du Timbre aux Chats
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Le Timbre aux Chats est une auge de pierre, un petit bassin creusé dans une pierre de granit, qui se trouve à L’Humeau-Robinet au carrefour de la Route de La Chapelle-St-Laurent à Moncoutant et du Coudray de Chanteloup à Pugny, sur le bord de la route.

Photos du Timbre aux Chats prises par moi-même le 15-10-1991

La légende attribue à cet auge de granit, des maléfices. Le soir du Mardi Gras, les Chats de la région selon la tradition, se réunissent là pour faire la Fête. Cette légende du rassemblements des Chats, a maintenu cette croyance depuis des siècles. Tout gamin on nous parlait de ces ripailles festives des chats le soir du Mardi Gras.

Dans  » le Bestiaire Poitevin  » édité par le Foyer Rural de Saint-Loup-Lamairé on y lit ceci sur les raisons de ces rassemblements de Chats :  » Leurs fondements les plus profonds sont difficiles à déterminer. L’imagination populaire étant très fertile, l’origine de cette croyance est liée à des critères que nous ne nous permettrons pas de définir. Pour la plupart des témoins, on donne deux raisons pratiques au départ momentané de Chats. La première est liée au fait qu’a cette période de l’année, les chattes sont en chaleur. Les Chats disparaissent donc dans la nature. Cette solution est celle du Monde rural qui ne croit plus en cette coutume, et qui lui souhaite une explication cependant intéressante. La seconde raison est de source plus profonde : Le jour du Mardi Gras, les gens mangeaient beaucoup, on faisait des crêpes, des  » tourtissots  »… Les Chats attirés par ces bonnes odeurs étaient chassés des maisons. On entendait  » Toué le Chat , va t’en r’trouvi les aotres à La Croix Chabot  » ( autre lieu de rassemblement ). Alors on en concluait  » les Femmes v’zorez la Paix d’soér pass’que les Chats sont en ribote  ».

On disait qu’ils y allaient pour faire l’amour et qu’ils en profitaient pour désigner la plus belle chatte. Ils devaient se battre, pour l’avoir comme compagne. Ils chantaient, dansaient faisaient bombance avec les victuailles maléfiques du fameux Timbre de granit. L’imagination fertile des conteurs en ajoutait.

Plusieurs lieux sacrés pour ces moments de liesse des Chats, existaient dans la région outre le Timbre aux Chats de l’Humeu-Robinet de La Chapelle-St-Laurent : on connaît La Croix Chabot du Chillou-Lamairé, La Pierre de la Croix de Gratteloup à Vouhé, Le quéreux d’availle, la Croix Bouillé de la Touche de Cherves.

En 1896, dans le cadre du Congrès National de la Société Ethnographique et des Arts Populaires à Niort , il y eut une communication sur le Timbre aux Chats de l’Humeau-Robinet par Mr Casimir Puichaud Maire de Clazay de 1885 à 1889 et conseiller Général de l’arrondissement de Bressuire. Voilà ce qu’il écrit dans la publication en 1897 du livre sur l’Exposition de Niort de 1896  » La Tradition en Poitou-Charentes  » Pages 235 et 236. Sa version succulente mérite d’être relatée :

 » Certains animaux sont possédés du diable à périodes déterminées. Le soir du Carnaval, ce sont les chats, qui se réunissent à l’Ormeau-Robinet, nœud de routes plus connu sous le nom de Timbre aux Chats, parce qu’il y a dans cet endroit pour l’usage des Chats un Timbre, c’est-à-dire une auge. Elle et en granit. L’Ormeau-Robinet est au croisement, sur la route de La Chapelle-St-Laurent à Moncoutant, et de l’ancien chemin de Pugny avec celui qui lui faisant face, qui va se perdre dans les terres. Le soir du Carnaval donc, le Timbre aux Chats, cadeau du Diable, sert à leurs diaboliques agapes. Chacun des félins de la Région y dépose les reliefs qu’il a su dérober à ses hôtes. Le Lutin fournit le complément du festin. Toute la nuit l’air frémit de leurs miaulements effrayants, du bruit de leurs mâchoires. Malheur à qui les dérangerait : en un clin d’œil leurs griffes aiguës déchireraient l’imprudent, leurs dents acérées le dévoreraient.
Maints fermiers dont le Timbre a tenté la cupidité , l’ont emporté chez eux. Ils ont du le retourner. Tant qu’ils l’ont conservé leur maison était hantée. Des animaux inconnus rodaient autour, interdisant, par leurs cris épouvantables, à ses habitants de retremper dans un sommeil réparateur leurs forces épuisées, bouleversant les travaux de la journée, dévastant les cultures, salissant l’herbe des prés. Les animaux mouraient d’un mal mystérieux. La ruine arrivait à grands pas. Devant cette malédiction, le coupable réintégrait le Timbre à sa place primitive et retrouvait la tranquillité perdue. Le bétail prospérait, les prés verts se couvraient d’une herbe luxuriante, les moissons, merveilleusement se chargeaient du grain de vie. La ferme revenait au bonheur des vieux jours. De loin en loin, le maudit la visitait, mais sans avarie pour quiconque et quoi que ce soit. Il se contentait de  » richôgner  » à la fenêtre.

Il y a une dizaine d’année, une personne de Moncoutant décédée récemment dont je ne citerai pas le nom, férue de légendes et de patrimoine, emmena chez lui le fameux Timbre aux Chats. Le journaliste averti par un voisin qui avait vu la scène, fit un article plusieurs jours de suite dans le  » Courrier de l’Ouest  », racontant les maléfices du Diable attribués à cet Timbre sacré, enjoignant de remettre à sa place l’objet emporté, sous peine des risques diablesques cités. Le lecteur objet du délit, superstitieux, pris peur et remis en place le Timbre célèbre. Il s’y trouve toujours, solidement scellé maintenant par précaution. Cette délicieuse légende perdure pour le plaisir des gens de la région.

Maurice Poignat, l’ancien Correspondant du Courrier de l’Ouest, dans son Histoire de La Chapelle-St-Laurent, ne manque pas de consacrer un petit chapitre sur ce Sabbat des Chats le soir du Mardi Gras, et sur le côté maléfique et mystérieux de ce Timbre de pierre.

Rémy Billaud le 31 Mars 2020
Bibliographie :
 » Le Bestiaire Poitevin  » édité par le Foyer Rural de Saint-Loup-Lamairé Avril 1984
 » La Tradition en Poitou et Charentes  » édité en 1897 par la Sté d’Ethnographie Nationale et D’Art Populaire congrès de Niort 1896.
 » Histoire de La Chapelle-St-Laurent  » de Maurice poignat Juillet 1989
Notes et photos personnelles.