La guirlande de Julie (Part 3)

Charles de Sainte-Maure et Julie Luciana d’Angennes : Mariage d’amour ou de raison ?

 

 

 

 

 

 

 

Tant d’effort, de patience, et d’assiduité de la part de Charles de Sainte-Maure  pourrait laisser penser que Julie d’Angennes en recevant la guirlande serait tombée immédiatement sous le charme et aurait épousé  son soupirant par amour sincère.

Malheureusement il semble bien que  Julie d’Angennes ait épousé le seigneur de Pugny pour d’autres raisons.

De Sainte-Maure présenta sa guirlande à Julie le 22 mai 1641, jour de sa sainte patronne. Il semble bien que l’effet ait été manqué.
Julie, malgré ses trente-cinq ans, n’avait nulle envie de se marier.
Le pauvre De Sainte-Maure, avec son beau présent, n’eut qu’un succès d’estime ; il exhale son amertume dans un sonnet : «  » ».. Son amour est un but où je ne puis atteindre… «  » »
Dépité, il s’en va guerroyer en Alsace. Mais il y a des passes noires, et Bellone ne lui sourit pas plus que Vénus : au cours d’un combat, il est fait prisonnier et traité durement, malgré son rang et son titre, par une soldatesque germanique sans courtoisie.
L’Hôtel de Rambouillet intervient aussitôt auprès de la régente Anne d’Autriche, pour faire verser à l’ennemi la rançon exigée. Mais Mazarin, sans l’avis de qui la Régente ne décide rien, fait la sourde oreille, et De Sainte-Maure, au bout d’un an, se morfond toujours dans son cachot de Schweinfurt.
Enfin, il arrive à rassembler, avec l’aide de ses amis et de sa famille, les 10 000 écus de la rançon, et, libre, il accourt à Paris, mais pour y retrouver une Julie toujours aussi rétive.
Coup sur coup, il hérite alors d’un de ses oncles, M. de Brassac, le titre de gouverneur de Saintonge et d’Anjou, et, de la veuve de cet oncle qui le suit de près dans la tombe, une belle fortune : l’honneur, et de quoi soutenir cet honneur.
Maintenant, Charles de Sainte-Maure, marquis de Montausier, maréchal de camp et gouverneur de la Haute-Alsace, de la Saintonge et de l’Anjou, est un beau parti.
Mise au pied du mur, Julie imposa alors à De Sainte-Maure d’abjurer le protestantisme, déclarant qu’elle n’épouserait jamais un réformé.
Dernier coup pour De Sainte-Maure, qui avait de la conscience et tenait à sa foi. Néanmoins, il se convertit, sincèrement semble-t-il, après de longues disputes théologiques avec le prédicateur de la Reine, le Révérend Père Faure.
Enfin, Julie se décide. Le contrat est dressé, et nous y voyons que l’apport de la future consiste surtout en un titre : une « rente sur l’Entreprise des coches d’Orléans » que lui avait donnée, pour étoffer sa dot, une grande dame, amie des Rambouillet, la duchesse d’Aiguillon.
Le mariage est célébré le 3 juillet 1645. Nous abandonnerons là De Sainte-Maure, non sans indiquer qu’on incline à croire que Molière l’aurait dépeint sous les traits du Misanthrope : l’homme aux rubans verts, paraît’il, c’était lui, alors que, vieillissant, il brûlait ce qu’il avait adoré et n’avait plus qu’indignation et sarcasmes pour le ton du Sonnet à Phyllis,
 Sources : BNF gallica