La guirlande de Julie (Part 2)

Les pérégrinations de la guirlande.
Que devint la Guirlande ?
Une fille naquit du mariage de Charles de Sainte-Maure et Julie Luciana d’Angennes le 21 juillet 1646. Cette enfant Marie-Julie devait épouser en 1664, Emmanuel, comte de Crussol, puis duc d’Uzès.
Devenue duchesse d’Uzès, Marie-Julie hérita, en 1690, de la Guirlande à la mort de son père,  et mourut elle-même cinq ans plus tard.
Marie Julie de Sainte Maure-Montausier
 La Guirlande fut alors vendue par ses héritiers. Un  particulier l’acheta 15 louis d’or,  et la revendit au « premier valet de chambre » du duc de Bourgogne, Denis Moreau, homme « fort supérieur à son état », et dont Saint-Simon a tracé un beau portrait dans ses Mémoires.
Moreau en fit don à François-Roger de Gaignières. Un personnage, ce Gaignières : modèle de Démocède, dans les Caractères de La Bruyère , il est le type du généalogiste, antiquaire et collectionneur français de l’époque. Voici en quels termes il présente la Guirlande : « le dessein de cet ouvrage est un des plus ingénieux et des plus galants qu’on pût imaginer en ce genre. M. Huet l’a appelé le chef-d’œuvre de la galanterie, et a vanté la magnificence de son exécution : on peut dire qu’elle n’a été en rien inférieure au projet. Elle a pour auteur feu M. le duc de Montausier, qui l’envoya, le jour de la fête de Julie-Lucine d’Angennes de Rambouillet, à cette charmante personne, dont il devint enfin l’époux après en avoir été longtemps l’amant. »
Attaché à la Maison de Guise, François-Roger de Gaignières fut gouverneur de Joinville, et cette charge lui laissa le temps de rassembler une collection de parchemins et de manuscrits qu’il donna de son vivant à la bibliothèque du Roi et au cabinet des estampes.
La Guirlande passa alors entre les mains du chevalier de Bauche et fut achetée, à la vente des livres de celui-ci, en 1726, par l’abbé de Rothelin.
Charles d’Orléans de Rothelin descendait de Dunois, celui de Jeanne d’Arc, dit le Bâtard d’Orléans. Cet homme aimable, qui entra à l’Académie française en 1728, avait accompagné, quelques années auparavant, le cardinal de Polignac dans une mission diplomatique à Rome. Il y avait acquis un goût si vif et si sûr pour la numismatique que la collection de monnaies anciennes qu’il rassembla fut jugée, à sa mort, assez belle pour être achetée par le roi d’Espagne Philippe V, afin d’enrichir la bibliothèque de l’Escurial.
L’abbé de Rothelin fit don de la Guirlande à l’un de ses amis, Claude Gros de Boze. Il écrivit de sa main, sur le premier feuillet, la dédicace suivante, qu’on y lit encore : « Je prie M. de Boze de vouloir bien accepter le présent livre, et le placer dans son magnifique cabinet, comme une marque de ma tendre amitié. —- L’abbé de Rothelin. »
Ce M. Gros de Boze, encore un collectionneur et  numismate passionné, fut garde du Cabinet des Médailles en 1719. Son érudition le fit nommer secrétaire perpétuel de l’Académie dés Inscriptions en 1706, et il remplaça Fénelon à l’Académie française en 1715.
A sa mort (1753), ses héritiers dispersèrent sa bibliothèque, et la Guirlande fut achetée par Jules-Robert de Cotte, beau-frère de Mansart,
qui la revendit à M. Gaignat à la vente de qui elle fut achetée par le duc de La Vallière, pour la somme de 780 livres.
 
Ce grand seigneur, le douzième possesseur de la Guirlande depuis Julie d’Angennes, avait hérité, en 1739, une belle fortune de la princesse de Conti, fille naturelle de Louis XIV et de Louise de La Vallière, et l’employa à composer une bibliothèque qu’il plaça dans son château de Montrouge.  Après sa mort, survenue en 1780, sa bibliothèque fut vendue aux enchères en 1784, et cette vente attira les principaux libraires de Paris et de Londres. Presque tous les livres furent achetés par le marquis de Paulmy d’Argenson qui les plaça dans sa bibliothèque de l’Arsenal, laquelle, comme on sait, fut rachetée en 1785, par le comte d’Artois, le futur Charles X.
Quant à la Guirlande, elle fut rachetée à cette vente par la propre fille du duc de La Vallière, la duchesse de Châtillon, qui se porta acquéreur par l’entremise d’un libraire anglais nommé Peyne.
Aux enchères, le manuscrit fut poussé jusqu’à 14 510 livres, dont la duchesse de Châtillon n’eut qu’à s’acquitter qu’en « moins prenant », suivant le terme notarial. La duchesse de Châtillon n’avait que deux filles : la princesse de Tarente et la duchesse d’Uzès , celle-ci hérita, à la mort de sa mère, de la Guirlande qui revenait ainsi, après un long détour, aux mains des descendants de Julie d’Angennes, les d’Uzès, qui la possédèrent jusqu’à son achat par la Bibliothèque Nationale avec le concours du fonds du Patrimoine du Ministère de la Culture en 1989.
La Guirlande de Julie n’a été exposée que deux fois. En 1878, le duc d’Uzès,  la prêta pour l’exposition universelle de 1878; mais ensuite, sa veuve, née Anne de Mortemart, celle-là même qui a laissé, en disparaissant à quatre vingt-cinq ans en 1933, le souvenir d’une si populaire silhouette, se fixa une règle stricte de ne pas s’en dessaisir pour des expositions. Ce n’est qu’en 1935 que la Guirlande vit le jour de nouveau à l’exposition du troisième centenaire de l’Académie française à la Bibliothèque nationale. Telle est l’histoire de la Guirlande. Ajoutons que le duc d’Aumale, en 1893, deux ans avant sa mort, toujours féru de beaux livres, en avait offert à la duchesse d’Uzès une somme qui, en francs dépassait le demi million ; mais celle-ci préféra conserver par devers elle ce manuscrit qu’avait eu entre ses mains Marie-Julie de Sainte-Maure, duchesse d’Uzès, née du lointain mariage du duc de Montausier, le Misanthrope, avec Julie d’Angennes de Rambouillet, la Précieuse.