L’enfer des guerres de Vendée à Pugny (1792-1795) : 1ère partie

Le  22 décembre 1792, l’abbé Guillon, curé de Pugny depuis 1760, a été acquitté  par le tribunal criminel de Niort de son accusation de participation à la révolte du mois d’août. Il a ensuite disparu pendant les deux ans et demi de la période la plus terrible qu’ait jamais connu sa paroisse.

A sa réapparition en juillet 1795, il a retranscrit avec certains de ses fidèles paroissiens 24 actes datés du 27 juin 1792 à avril 1795  : 20 sépultures, 3 baptêmes et un mariage. Nous allons étudier en détail ces actes qui,  recroisés avec d’autres documents, vont nous révéler une partie des drames qui se sont abattus sur Pugny qui a alors connu la perte de plus de 40% de sa population.

Un livret de registre paroissial avec 24 actes retranscrits par l’abbé Guillon.  

Les registres paroissiaux de Pugny disponibles aux archives des Deux Sèvres comprennent un livret qui débute de la façon suivante : “Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint Pierre de Pugny contenant douze feuillets notés et paraphés par nous soussignés contenant les années depuis (17)92 jusqu’à (17)95”.

Signé : Jacques Grimaud, François Chabot, Pierre Drillaud, Jacques Sionneau.

Entête du registre paroissial de Pugny pour les années 1792 à 1795 précédant les actes retranscrits au retour de l’abbé Guillon. AD79 BMS Pugny 1792-1804 Vue 1/175

Qui sont ces signataires ?

Trois ont 50 ans ou plus. Ce sont des piliers de la communauté villageoise.

Jacques Grimaud (vers 1740-?) : son acte de mariage le 31 janvier 1764  à Pugny l’identifie comme tisserand. Nous n’en savons pas plus sur lui mais il est un personnage de confiance pour l’abbé Guillon puisqu’il signe 15 des 24 actes.

Jacques Sionneau (1730-1800) est un notable de la paroisse de Pugny, déjà signataire de l’acte de 1782 de construction du nouveau presbytère. Il est le fils d’un fermier général protestant de la seigneurie de Chateauneuf (voir cet article).

Pierre Drillaud (1765-1813) est un combattant vendéen, capitaine de la 2 ème compagnie paroisse de la de Pugny, habitant à la Baraudière. Cette figure importante de la communauté villageoise a longuement caché chez lui l’abbé Guillon durant sa période de clandestinité (Histoire de Pugny. Abbé Mulon. 1980)

François Chabot (vers 1740-?) tisserand, est le beau-père de Pierre Drillaud. Lors de son mariage à Pugny le 17 octobre 1764 il est serviteur domestique.

Suivent les 24 actes. Ils ne sont pas rédigés dans l’ordre chronologique, ce qui indique que cette retranscription s’est faite progressivement en rassemblant les souvenirs des témoins. Il semble que l’abbé Guillon a voulu officialiser des actes effectués durant la guerre par d’autres prêtres, mais aussi transcrire sur le registre paroissial les décès des nouvelles tombes creusées dans le cimetière en son absence.

19 actes, tous de sépultures, sont la transcription de cérémonies effectuées sans prêtre.

4 concernent des femmes, 15 des hommes.

3 groupes de dates (octobre 1793, 10 et 12 avril 1794, 12 mai 1794) concentrent 11 ou 12 des 19 enterrements.

Relevé du registre paroissial de Pugny 1792-1795 des 24 actes retranscrits après le retour de l’abbé Guillon. 11 derniers actes.

Pour analyser d’une façon plus fine ces 24 actes, nous allons les diviser en 5 catégories.

 

1 ère catégorie : 5 actes qui retranscrivent des cérémonies effectuées par 3 autres prêtres.  

Trois baptêmes, un mariage et une sépulture ont été effectués par trois prêtres en l’absence de l’abbé Guillon.

Guéniveau, vicaire de Courlay a baptisé le 25 juin 1793 Pierre Texier  avant de marier le 9 août 1793 ses parents Louis Texier et Marie Fradin.  L’inversion du baptême et du mariage, exceptionnel pour l’époque, soulève des interrogations. La réponse est probablement dans l’état de guerre et de répression que connait la paroisse depuis août 1792. Nous ne pouvons pas déduire une date de conception puisque l’âge du bébé au baptême n’est pas mentionné. Le 12 juillet 1793, l’abbé Gautier a également baptisé Pierre Merceron, né le 2 mai précédent, fils de Pierre Merceron.

Louis Guéniveau (vers 1761-1821) est alors un prêtre réfractaire qui deviendra curé dissident de Combrand. Il a passé toute les guerres de Vendée caché dans le bocage. Les cérémonies qu’il a effectuées à Pugny se situent pendant l’été 1793, période où l’armée vendéenne contrôle le bocage bressuirais à l’exception du début juillet ou une incursion du général républicain Westerman, parti de Parthenay se termina par une lourde défaite pour les bleus le 5 juillet à Châtillon sur Sèvre (Mauléon).

On peut présumer que Louis Texier (1763-1825) est un combattant vendéen, comme ses frères Pierre (1765-1803) et Jean (1759-1815).   Cette famille Texier est originaire de la Tardière (Vendée) La marraine de Pierre, le bébé, est sa tante, Jeanne Grellier, femme de Jean Texier. Elle est originaire de Chateauneuf de Largeasse. A noter que son père Jacques Grellier, métayer du marquis de Mauroy,  y sera tué le 29 octobre 1793.

Marie Fradin (1770-1834) est la fille de Louis Fradin, marchand du bourg de Pugny qui sera enterré le 10 avril 1794, la sœur de René Fradin qui dirigera une émeute anti-républicaine en 1798 à La Chapelle Saint Laurent,  la belle soeur d’Antoine Archambault, combattant vendéen  de la Chapelle Saint Laurent,  et la cousine germaine du fameux Jacques Maupillier, combattant  de Boismé  qui a inspiré la cinéscénie du Puy du Fou. Bref, tous les indices montrent que le couple Texier-Fradin est au cœur d’une parentèle très impliquée dans la révolte vendéenne.

Pierre Merceron  (1752-?), père de l’enfant baptisé, est un tisserand marié en 1790 à Marie Jeanne Joly (?-1811). Il est identifié sur un document de demande de pension de 1816 comme combattant vendéen. On retrouve souvent sa signature sur des actes paroissiaux. A noter  que la marraine de l’enfant, Rose La Piérière, est la servante de l’abbé Guillon qui semble donc être restée sur place après sa disparition début 1793.

Jean-René Gautier (1756-1810), vicaire de la Chapelle Saint Laurent, a effectué en juillet 1794  le troisième  baptême, celui de Louis Cogné (ou Cogny ou Coigny), fils de Jacques (1739-1819) et Jeanne Tranchet (1755-1808). Le bébé baptisé sera le dernier du couple qui a déjà 6 enfants. L’aîné de cette fratrie est René-Jacques Coigny (1775-1839) qui est alors le très jeune capitaine de paroisse de la 1 ère compagnie de Pugny. Nous nous trouvons à nouveau en compagnie d’une famille très impliquée dans l’insurrection vendéenne (voir cet article).

L’abbé Gautier, originaire de Parthenay comme l’abbé Guillon, a été vicaire de la Chapelle Saint Laurent à partir de 1783. Son supérieur, l’abbé Jean-François Tallerye, a été arrêté fin 1793 et guillotiné à Niort. L’autre vicaire, Jean Guichard, a également été arrêté et enfermé à Rochefort sur les sinistres pontons flottants qui servaient de prison. L’abbé Gautier est le seul prêtre des environs immédiats de Pugny à avoir pu échapper aux arrestations. Il a donc effectué un nombre considérable de baptêmes et d’enterrements dans la clandestinité. Desservant de Chanteloup début 1795, il devint ensuite curé de la Chapelle Saint Laurent. D’abord dissident à partir de 1802, il se soumit au concordat en 1805. (voir article de notre amie Nadine sur son blog “La maraîchine normande”.)

Renou, curé de Saint Pierre des Herbiers y a enterré le 25 septembre 1793 Pierre Bisleau, 28 ans, habitant de Pugny. Cette retranscription d’acte de sépulture concerne très probablement un combattant vendéen de Pugny tué ou mortellement blessé dans les combats du nord Vendée de cette période contre l’armée républicaine dite de “Mayence”, dont la bataille de Torfou le 19 septembre. Nous n’avons à ce jour pas pu identifier ce curé Renou. Pierre Bisleau,  marié le 24 novembre 1789 à Pugny avec Jeanne Néraudeau, était meunier et fils de Gabriel Bisleau, également meunier.

Les sacrements effectués par Guéniveau et Gautier auprès de piliers  de la paroisse et de familles au cœur de la participation de Pugny à l’armée vendéenne semblent avérer l’éloignement de l’abbé Guillon à cette période. Cette hypothèse est confortée par le fait que l’on trouve à Courlay et Mauléon à d’autres dates des actes d’habitants de Pugny.

Si leur prêtre avait été caché dans les environs lors de périodes de répression, pourquoi ne se serait-il pas montré lorsque l’armée vendéenne contrôlait le bocage au printemps et à l’été 1793? Pourquoi n’aurait-il pas baptisé les enfants des plus dévoués de ses paroissiens?

2 ème catégorie : Octobre 1793,  4 victimes de la colonne républicaine du général Desmarre  

Ce groupe comprend :

  • Marie Gautier(16 ans) inhumée le 20 octobre 1793
  • Jacques Brossard (20 ans) inhumé le 21 octobre habitant du bourg de Chanteloup
  • Jeanne Chamard (40 ans) inhumée le 29 octobre habitait à Montifaut de Pugny.
  • Françoise Denis (85 ans) inhumée le 29 octobre. Elle est la grand-mère de Marie Gautier. Elles habitaient ensemble à Largeasse au moulin de la Sapinaudière.

Le début du mois d’octobre 1793 correspond à l’entrée massive des troupes républicaines dans le bocage bressuirais en provenance de Parthenay, la Châtaigneraie et Thouars.  Elles ont pratiqué la technique de la terre brûlée pour provoquer la panique des populations civiles et gêner les mouvements des troupes vendéennes. Les 9 et 11 octobre,  deux batailles au moulin aux chèvres et  à Châtillon (Mauléon) ont consacré l’éviction de l’armée catholique des Deux-Sèvres. Selon les demandes d’indemnisations de 1811 que nous avons pu consulter au AD 79 (1M 603 et 606), Châtillon semble avoir été incendié le 13 octobre.  La grande armée catholique sera battue à Cholet le 17 octobre et passera outre-Loire dès le 18, laissant toute la Vendée militaire à la merci des exactions des armées républicaines.

 

Par les demandes d’indemnisation de 1811 (AD79 1M 604 et 606), on apprend de la main de Pierre Louis Puichaud-Girard, notable républicain de Moncoutant alors propriétaire des ruines du château de Pugny et de Chateauneuf de Largeasse, les descriptions suivantes  :

  • les dépendances du château de Pugny et le village de la Rue ont été “incendiées dans le courant d’octobre 1793 par un détachement commandé par le général “Desmars” commandant l’armée qui était alors à Bressuire pour marcher sur Châtillon”.
  • le village de Chateauneuf a été “incendié dans le courant d’octobre 1793 par un détachement de l’armée qui alors était en station à Bressuire et commandé par le général “Desmars” qui fut présent à l’incendie”.
Extrait de la demande d’indemnisation de Pierre Louis Puichaud Girard en 1811 qui mentionne les conditions de l’incendie de Chateauneuf. AD79 1M 604

Le moulin de la Sapinaudière est entre Châteauneuf et Pugny. A travers ce faisceau d’indices, on peut donc légitimement penser que nous avons ici affaire à  4 victimes d’un détachement républicain.

Pourquoi les sépultures s’étalent-elles sur 9 jours?   Les premières dates étaient-elles erronées?

Comme indiqué plus haut, nous avons également pu identifier le métayer Jacques Grellier  comme également décédé à Chateauneuf de Largeasse le 8 brumaire an 2 (29 octobre, acte de mariage de sa fille Marie Jeanne, AD 79 Largeasse M 1803-1835 vue 18/258). Son décès n’est pas consigné dans le registre d’état-civil de la commune tenu par un officier municipal républicain. Il n’y a pas d’acte du 1er octobre au 14 novembre 1793. Mais il a été homologué par la reconstitution de l’état civil de 1795 à Moncoutant La date précise du 29 octobre 1793 provenant de deux sources différentes royalistes et républicaines laisse donc peu de doutes sur son authenticité. Les exactions de ce détachement républicain ont du particulièrement marquer la mémoire locale.

 

« … fille de Jacques Grellier, métayer décédé au village de Châteauneuf dans cette commune le 8 brumaire an 2 de la république comme il est constaté par acte de notoriété dressé à Moncoutant par le premier suppléant du juge de paix le 21 brumaire an trois et homologué par le président du tribunal de première instance séant à Parthenay le 8 nivôse an 13. »
Acte de mariage de Marie Jeanne Grellier avec Louis Jean Marsault  le 3 mars 1805, AD 79 Largeasse M 1803-1835 vue 18/258

Ces dates ne correspondent pas à la remontée des troupes républicaines réoccupant le bocage début octobre avant de se porter vers Châtillon. On peut raisonnablement en déduire que c’est lors d’une mission de “sécurisation” des campagnes du bocage que Chateauneuf, les dépendances du château de Pugny et la Rue ont été incendiés. La grande armée catholique était déjà outre Loire. Le détachement de Desmarres poursuivait-il une bande de combattants ? A-t-il incendié ces villages seulement pour marquer les esprits dans cette contrée insoumise ?  A noter que trois des victimes sont des femmes. Ce sont à une exception près les seules sépulture féminines mentionnées dans les 24 actes. Il est préférable de ne pas imaginer quelle fut leur fin.

Françoise Denis : fille de meunier probablement née à Saint Porchaire vers 1725 (l’âge de l’acte de sépulture semble erroné de 20 ans !), son père s’installe à Largeasse vers 1748 et y décède rapidement. Françoise se marie le 30 septembre 1749 à Jacques Ancelin, également meunier, et ils s’installent au moulin de la Sapinaudière. Ils ont ensemble au moins trois enfants, dont Louise Ancelin. Veuve en 1766, Françoise Denis se remarie dès l’année suivante à Pierre Chabauty. Nous ignorons si lors de son décès son mari était encore en vie.

Marie Gautier : fille aînée de Louise Ancelin et Pierre Gautier, et donc petite fille de Françoise Denis. Elle habitait avec elle au moulin de la Sapinaudière. Elle avait deux jeunes frères. Ses parents sont morts en 1806 et 1810 à Montifault de Pugny.

Jeanne Chamard :  il existe bien une famille Chamard à Largeasse avant la révolution, mais nous n’avons pas pu identifier  cette femme avec certitude.

Jacques Brossard : ce nom de famille étant courant à Chanteloup à cette époque, nous n’avons pas pu l’identifier. Il existe un autre Jacques Brossard né en 1773 mais il est décédé en 1851. Pourquoi ce jeune homme est-il enterré à Pugny alors qu’il est bien identifié comme habitant le bourg de Chanteloup? Est-il un combattant vendéen ou alors un simple paysan qui a eu le malheur de croiser la colonne de soldats bleus?

Jacques Grellier : né vers 1736, marié en 1757 à la Chapelle Saint Laurent avec Marie Françoise Dieumegard, décédée en 1806 à chateauneuf. Ils eurent à notre connaissance 8 enfants dont 2 filles prénommées Marie Jeanne. La première s’était mariée avec Jean Texier mentionné plus haut le 9 février 1790 à Pugny. La seconde s’est mariée en 1805 et c’est cet acte qui nous donne la date de décès le 29 octobre 1793.

Merci à toute l’équipe des passionnés d’histoire du château de Pugny dont les indices m’ont été précieux et m’ont permis de croiser et recroiser des informations.

La partie 2 arrivera bientôt.

J-Philippe Poignant

 

La guirlande de Julie (Part 3)

Charles de Sainte-Maure et Julie Luciana d’Angennes : Mariage d’amour ou de raison ?

 

 

 

 

 

 

 

Tant d’effort, de patience, et d’assiduité de la part de Charles de Sainte-Maure  pourrait laisser penser que Julie d’Angennes en recevant la guirlande serait tombée immédiatement sous le charme et aurait épousé  son soupirant par amour sincère.

Malheureusement il semble bien que  Julie d’Angennes ait épousé le seigneur de Pugny pour d’autres raisons.

De Sainte-Maure présenta sa guirlande à Julie le 22 mai 1641, jour de sa sainte patronne. Il semble bien que l’effet ait été manqué.
Julie, malgré ses trente-cinq ans, n’avait nulle envie de se marier.
Le pauvre De Sainte-Maure, avec son beau présent, n’eut qu’un succès d’estime ; il exhale son amertume dans un sonnet : “””.. Son amour est un but où je ne puis atteindre… “””
Dépité, il s’en va guerroyer en Alsace. Mais il y a des passes noires, et Bellone ne lui sourit pas plus que Vénus : au cours d’un combat, il est fait prisonnier et traité durement, malgré son rang et son titre, par une soldatesque germanique sans courtoisie.
L’Hôtel de Rambouillet intervient aussitôt auprès de la régente Anne d’Autriche, pour faire verser à l’ennemi la rançon exigée. Mais Mazarin, sans l’avis de qui la Régente ne décide rien, fait la sourde oreille, et De Sainte-Maure, au bout d’un an, se morfond toujours dans son cachot de Schweinfurt.
Enfin, il arrive à rassembler, avec l’aide de ses amis et de sa famille, les 10 000 écus de la rançon, et, libre, il accourt à Paris, mais pour y retrouver une Julie toujours aussi rétive.
Coup sur coup, il hérite alors d’un de ses oncles, M. de Brassac, le titre de gouverneur de Saintonge et d’Anjou, et, de la veuve de cet oncle qui le suit de près dans la tombe, une belle fortune : l’honneur, et de quoi soutenir cet honneur.
Maintenant, Charles de Sainte-Maure, marquis de Montausier, maréchal de camp et gouverneur de la Haute-Alsace, de la Saintonge et de l’Anjou, est un beau parti.
Mise au pied du mur, Julie imposa alors à De Sainte-Maure d’abjurer le protestantisme, déclarant qu’elle n’épouserait jamais un réformé.
Dernier coup pour De Sainte-Maure, qui avait de la conscience et tenait à sa foi. Néanmoins, il se convertit, sincèrement semble-t-il, après de longues disputes théologiques avec le prédicateur de la Reine, le Révérend Père Faure.
Enfin, Julie se décide. Le contrat est dressé, et nous y voyons que l’apport de la future consiste surtout en un titre : une « rente sur l’Entreprise des coches d’Orléans » que lui avait donnée, pour étoffer sa dot, une grande dame, amie des Rambouillet, la duchesse d’Aiguillon.
Le mariage est célébré le 3 juillet 1645. Nous abandonnerons là De Sainte-Maure, non sans indiquer qu’on incline à croire que Molière l’aurait dépeint sous les traits du Misanthrope : l’homme aux rubans verts, paraît’il, c’était lui, alors que, vieillissant, il brûlait ce qu’il avait adoré et n’avait plus qu’indignation et sarcasmes pour le ton du Sonnet à Phyllis,
 Sources : BNF gallica

 

 

La guirlande de Julie (Part 2)

Les pérégrinations de la guirlande.
Que devint la Guirlande ?
Une fille naquit du mariage de Charles de Sainte-Maure et Julie Luciana d’Angennes le 21 juillet 1646. Cette enfant Marie-Julie devait épouser en 1664, Emmanuel, comte de Crussol, puis duc d’Uzès.
Devenue duchesse d’Uzès, Marie-Julie hérita, en 1690, de la Guirlande à la mort de son père,  et mourut elle-même cinq ans plus tard.
Marie Julie de Sainte Maure-Montausier
 La Guirlande fut alors vendue par ses héritiers. Un  particulier l’acheta 15 louis d’or,  et la revendit au « premier valet de chambre » du duc de Bourgogne, Denis Moreau, homme « fort supérieur à son état », et dont Saint-Simon a tracé un beau portrait dans ses Mémoires.
Moreau en fit don à François-Roger de Gaignières. Un personnage, ce Gaignières : modèle de Démocède, dans les Caractères de La Bruyère , il est le type du généalogiste, antiquaire et collectionneur français de l’époque. Voici en quels termes il présente la Guirlande : « le dessein de cet ouvrage est un des plus ingénieux et des plus galants qu’on pût imaginer en ce genre. M. Huet l’a appelé le chef-d’œuvre de la galanterie, et a vanté la magnificence de son exécution : on peut dire qu’elle n’a été en rien inférieure au projet. Elle a pour auteur feu M. le duc de Montausier, qui l’envoya, le jour de la fête de Julie-Lucine d’Angennes de Rambouillet, à cette charmante personne, dont il devint enfin l’époux après en avoir été longtemps l’amant. »
Attaché à la Maison de Guise, François-Roger de Gaignières fut gouverneur de Joinville, et cette charge lui laissa le temps de rassembler une collection de parchemins et de manuscrits qu’il donna de son vivant à la bibliothèque du Roi et au cabinet des estampes.
La Guirlande passa alors entre les mains du chevalier de Bauche et fut achetée, à la vente des livres de celui-ci, en 1726, par l’abbé de Rothelin.
Charles d’Orléans de Rothelin descendait de Dunois, celui de Jeanne d’Arc, dit le Bâtard d’Orléans. Cet homme aimable, qui entra à l’Académie française en 1728, avait accompagné, quelques années auparavant, le cardinal de Polignac dans une mission diplomatique à Rome. Il y avait acquis un goût si vif et si sûr pour la numismatique que la collection de monnaies anciennes qu’il rassembla fut jugée, à sa mort, assez belle pour être achetée par le roi d’Espagne Philippe V, afin d’enrichir la bibliothèque de l’Escurial.
L’abbé de Rothelin fit don de la Guirlande à l’un de ses amis, Claude Gros de Boze. Il écrivit de sa main, sur le premier feuillet, la dédicace suivante, qu’on y lit encore : « Je prie M. de Boze de vouloir bien accepter le présent livre, et le placer dans son magnifique cabinet, comme une marque de ma tendre amitié. —- L’abbé de Rothelin. »
Ce M. Gros de Boze, encore un collectionneur et  numismate passionné, fut garde du Cabinet des Médailles en 1719. Son érudition le fit nommer secrétaire perpétuel de l’Académie dés Inscriptions en 1706, et il remplaça Fénelon à l’Académie française en 1715.
A sa mort (1753), ses héritiers dispersèrent sa bibliothèque, et la Guirlande fut achetée par Jules-Robert de Cotte, beau-frère de Mansart,
qui la revendit à M. Gaignat à la vente de qui elle fut achetée par le duc de La Vallière, pour la somme de 780 livres.
 
Ce grand seigneur, le douzième possesseur de la Guirlande depuis Julie d’Angennes, avait hérité, en 1739, une belle fortune de la princesse de Conti, fille naturelle de Louis XIV et de Louise de La Vallière, et l’employa à composer une bibliothèque qu’il plaça dans son château de Montrouge.  Après sa mort, survenue en 1780, sa bibliothèque fut vendue aux enchères en 1784, et cette vente attira les principaux libraires de Paris et de Londres. Presque tous les livres furent achetés par le marquis de Paulmy d’Argenson qui les plaça dans sa bibliothèque de l’Arsenal, laquelle, comme on sait, fut rachetée en 1785, par le comte d’Artois, le futur Charles X.
Quant à la Guirlande, elle fut rachetée à cette vente par la propre fille du duc de La Vallière, la duchesse de Châtillon, qui se porta acquéreur par l’entremise d’un libraire anglais nommé Peyne.
Aux enchères, le manuscrit fut poussé jusqu’à 14 510 livres, dont la duchesse de Châtillon n’eut qu’à s’acquitter qu’en « moins prenant », suivant le terme notarial. La duchesse de Châtillon n’avait que deux filles : la princesse de Tarente et la duchesse d’Uzès , celle-ci hérita, à la mort de sa mère, de la Guirlande qui revenait ainsi, après un long détour, aux mains des descendants de Julie d’Angennes, les d’Uzès, qui la possédèrent jusqu’à son achat par la Bibliothèque Nationale avec le concours du fonds du Patrimoine du Ministère de la Culture en 1989.
La Guirlande de Julie n’a été exposée que deux fois. En 1878, le duc d’Uzès,  la prêta pour l’exposition universelle de 1878; mais ensuite, sa veuve, née Anne de Mortemart, celle-là même qui a laissé, en disparaissant à quatre vingt-cinq ans en 1933, le souvenir d’une si populaire silhouette, se fixa une règle stricte de ne pas s’en dessaisir pour des expositions. Ce n’est qu’en 1935 que la Guirlande vit le jour de nouveau à l’exposition du troisième centenaire de l’Académie française à la Bibliothèque nationale. Telle est l’histoire de la Guirlande. Ajoutons que le duc d’Aumale, en 1893, deux ans avant sa mort, toujours féru de beaux livres, en avait offert à la duchesse d’Uzès une somme qui, en francs dépassait le demi million ; mais celle-ci préféra conserver par devers elle ce manuscrit qu’avait eu entre ses mains Marie-Julie de Sainte-Maure, duchesse d’Uzès, née du lointain mariage du duc de Montausier, le Misanthrope, avec Julie d’Angennes de Rambouillet, la Précieuse.

La guirlande de Julie (Part 1)

                         Julie Luciana d’Angennes, dite l’incomparable Julie

Le baron Charles de Sainte-Maure (duc de Montausier) seigneur de Pugny, amoureux fou de Julie Luciana d’Angennes, bel esprit de l’hôtel de Rambouillet, salon tenu par sa mère Catherine de Vivonne (approximativement à l’emplacement de l’actuel pavillon Turgot du Louvre) , courtisa sa belle pendant quatorze ans.

Pour surpasser les nombreux prétendants de la belle Julie , le baron de Sainte-Maure conçu dans le courant de l’année 1632 l’idée d’un recueil de poèmes vantant les charmes de Julie.

Cette couronne poétique était composée de madrigaux (Poème de genre, court et sans forme fixe, de la poésie française classique. Généralement adressé à une femme, il a un tour galant ou tendre. Il peut être fondé sur un trait d’esprit)

Plus guerrier que poète,  Charles de Sainte-Maure, composa cependant 16 madrigaux, mais pour charmer la jeune femme qui était l’objet de son admiration et de son culte, et  lui offrir un ouvrage surpassant tout ce qui pouvait se voir alors de plus singulier et de plus délicat en galanterie, il eut l’idée de demander aux habitués du salon de Catherine de Vivonne, parmi lesquels les gens de lettres et quelques beaux-esprits de ses amis Georges de Scudéry, Desmarets de Saint-Sorlin, Conrart, Chapelain, Racan, Tallemant des Réaux, Robert Arnauld d’Andilly, père et fils, Isaac Arnauld de Corbeville, Arnauld de Briottes, le capitaine Montmor et son cousin, l’abbé Habert, Colletet, Claude Malleville, Philippe Habert, le chevalier de Méré, Antoine Godeau, dit le nain de Julie, Pinchesne, peut-être Pierre Corneille et le marquis de Rambouillet, d’écrire des poésies où chaque fleur chanterait les louanges de Julie. Il en résulta un des manuscrits les plus extraordinaires du XVIIe siècle et un des points culminants de la société des Précieuses.

Le texte fut alors calligraphié sur vélin, en ronde, avec une admirable perfection par le célèbre calligraphe Nicolas Jarry et la fleur citée dans chaque poème peinte par Nicolas Robert. Le manuscrit comprenait 90 feuillets in-folio. Après le titre, venaient trois feuillets de garde, suivis du faux-titre formé par une guirlande de fleurs au centre de laquelle étaient écrits ces mots : La guirlande de Julie.

Trois autres feuillets blancs séparaient ce frontispice d’une seconde miniature qui représentait Zéphyre tenant une rose de la main droite et, de la gauche, une guirlande de vingt-neuf fleurs.

Parmi les autres feuillets, vingt-neuf portaient chacun une fleur peinte en miniature ; les autres présentaient un ou plusieurs madrigaux relatifs à chaque fleur. Les madrigaux étaient au nombre de soixante-deux. La reliure, en maroquin rouge, avec les lettres J et L enlacées, était l’œuvre de Le Gascon, l’un des plus habiles relieurs français.

Charles de Sainte-Maure en fit faire deux exemplaires pareils, et chacun fut enfermé dans un sac de peau d’Espagne. À son réveil, Julie trouva ce présent sur sa toilette.

Julie d’Angennes reçu ce recueil en 1641 et finalement épousa son soupirant en 1645.

Après la mort de Charles de Sainte-Maure, qui survécut dix-neuf ans à sa femme, ce précieux volume passa à leur fille, la duchesse de Crussol-d’Uzès, et fut possédé plus tard par le duc de La Vallière. Lors de la vente de la bibliothèque de ce dernier, il fut acheté 14 500 livres par des Anglais. Il a été racheté depuis par la fille du duc de La Vallière. Le manuscrit est actuellement conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.

Nous reproduisons ci-dessous les 16 madrigaux écrits par Charles de Sainte Maure:

Madrigal 1

Madrigal 2

Madrigal 3

Madrigal 4

Madrigal 5

Madrigal 6

Madrigal 7

Madrigal 8

Madrigal 9

Madrigal 10

Madrigal 11

Madrigal 12

Madrigal 13

Madrigal 14

Madrigal 15

Madrigal 16

 

Sources : Bnf Gallica. Titre :  La Guirlande de Julie . Date d’édition :  1601-1700 Type :  manuscrit Langue :  français Format :  Parchemin. – 100 f. – 310 × 220 mm. – Reliure de Le Gascon, maroquin rouge semé des chiffres J et L entrelacés de Julie d’Angennes, dédicataire du recueil. Étui XIXe siècle signé Gruel Description :  Numérisation effectuée à partir d’un document original. Droits :  domaine public