LA GUIRLANDE DE JULIE (PART 3)

Charles de Sainte-Maure et Julie Luciana d’Angennes : Mariage d’amour ou de raison ?

 

 

 

 

 

 

 

Tant d’effort, de patience, et d’assiduité de la part de Charles de Sainte-Maure  pourrait laisser penser que Julie d’Angennes en recevant la guirlande serait tombée immédiatement sous le charme et aurait épousé  son soupirant par amour sincère.

Malheureusement il semble bien que  Julie d’Angennes ait épousé le seigneur de Pugny pour d’autres raisons.

De Sainte-Maure présenta sa guirlande à Julie le 22 mai 1461, jour de sa sainte patronne. Il semble bien que l’effet ait été manqué.
Julie, malgré ses trente-cinq ans, n’avait nulle envie de se marier.
Le pauvre De Sainte-Maure, avec son beau présent, n’eut qu’un succès d’estime ; il exhale son amertume dans un sonnet : «  » ».. Son amour est un but où je ne puis atteindre… «  » »
Dépité, il s’en va guerroyer en Alsace. Mais il y a des passes noires, et Bellone ne lui sourit pas plus que Vénus : au cours d’un combat, il est fait prisonnier et traité durement, malgré son rang et son titre, par une soldatesque germanique sans courtoisie.
L’Hôtel de Rambouillet intervient aussitôt auprès de la régente Anne d’Autriche, pour faire verser à l’ennemi la rançon exigée. Mais Mazarin, sans l’avis de qui la Régente ne décide rien, fait la sourde oreille, et De Sainte-Maure, au bout d’un an, se morfond toujours dans son cachot de Schweinfurt.
Enfin, il arrive à rassembler, avec l’aide de ses amis et de sa famille, les 10 000 écus de la rançon, et, libre, il accourt à Paris, mais pour y retrouver une Julie toujours aussi rétive.
Coup sur coup, il hérite alors d’un de ses oncles, M. de Brassac, le titre de gouverneur de Saintonge et d’Anjou, et, de la veuve de cet oncle qui le suit de près dans la tombe, une belle fortune : l’honneur, et de quoi soutenir cet honneur.
Maintenant, Charles de Sainte-Maure, marquis de Montausier, maréchal de camp et gouverneur de la Haute-Alsace, de la Saintonge et de l’Anjou, est un beau parti.
Mise au pied du mur, Julie imposa alors à De Sainte-Maure d’abjurer le protestantisme, déclarant qu’elle n’épouserait jamais un réformé.
Dernier coup pour De Sainte-Maure, qui avait de la conscience et tenait à sa foi. Néanmoins, il se convertit, sincèrement semble-t-il, après de longues disputes théologiques avec le prédicateur de la Reine, le Révérend Père Faure.
Enfin, Julie se décide. Le contrat est dressé, et nous y voyons que l’apport de la future consiste surtout en un titre : une « rente sur l’Entreprise des coches d’Orléans » que lui avait donnée, pour étoffer sa dot, une grande dame, amie des Rambouillet, la duchesse d’Aiguillon.
Le mariage est célébré le 3 juillet 1645. Nous abandonnerons là De Sainte-Maure, non sans indiquer qu’on incline à croire que Molière l’aurait dépeint sous les traits du Misanthrope : l’homme aux rubans verts, paraît’il, c’était lui, alors que, vieillissant, il brûlait ce qu’il avait adoré et n’avait plus qu’indignation et sarcasmes pour le ton du Sonnet à Phyllis,
 Sources : BNF gallica

 

 

La guirlande de Julie (Part 2)

Les pérégrinations de la guirlande.
Que devint la Guirlande ?
Une fille naquit du mariage de Charles de Sainte-Maure et Julie Luciana d’Angennes le 21 juillet 1646. Cette enfant Marie-Julie devait épouser en 1664, Emmanuel, comte de Crussol, puis duc d’Uzès.
Devenue duchesse d’Uzès, Marie-Julie hérita, en 1690, de la Guirlande à la mort de son père,  et mourut elle-même cinq ans plus tard.
Marie Julie de Sainte Maure-Montausier
 La Guirlande fut alors vendue par ses héritiers. Un  particulier l’acheta 15 louis d’or,  et la revendit au « premier valet de chambre » du duc de Bourgogne, Denis Moreau, homme « fort supérieur à son état », et dont Saint-Simon a tracé un beau portrait dans ses Mémoires.
Moreau en fit don à François-Roger de Gaignières. Un personnage, ce Gaignières : modèle de Démocède, dans les Caractères de La Bruyère , il est le type du généalogiste, antiquaire et collectionneur français de l’époque. Voici en quels termes il présente la Guirlande : « le dessein de cet ouvrage est un des plus ingénieux et des plus galants qu’on pût imaginer en ce genre. M. Huet l’a appelé le chef-d’œuvre de la galanterie, et a vanté la magnificence de son exécution : on peut dire qu’elle n’a été en rien inférieure au projet. Elle a pour auteur feu M. le duc de Montausier, qui l’envoya, le jour de la fête de Julie-Lucine d’Angennes de Rambouillet, à cette charmante personne, dont il devint enfin l’époux après en avoir été longtemps l’amant. »
Attaché à la Maison de Guise, François-Roger de Gaignières fut gouverneur de Joinville, et cette charge lui laissa le temps de rassembler une collection de parchemins et de manuscrits qu’il donna de son vivant à la bibliothèque du Roi et au cabinet des estampes.
La Guirlande passa alors entre les mains du chevalier de Bauche et fut achetée, à la vente des livres de celui-ci, en 1726, par l’abbé de Rothelin.
Charles d’Orléans de Rothelin descendait de Dunois, celui de Jeanne d’Arc, dit le Bâtard d’Orléans. Cet homme aimable, qui entra à l’Académie française en 1728, avait accompagné, quelques années auparavant, le cardinal de Polignac dans une mission diplomatique à Rome. Il y avait acquis un goût si vif et si sûr pour la numismatique que la collection de monnaies anciennes qu’il rassembla fut jugée, à sa mort, assez belle pour être achetée par le roi d’Espagne Philippe V, afin d’enrichir la bibliothèque de l’Escurial.
L’abbé de Rothelin fit don de la Guirlande à l’un de ses amis, Claude Gros de Boze. Il écrivit de sa main, sur le premier feuillet, la dédicace suivante, qu’on y lit encore : « Je prie M. de Boze de vouloir bien accepter le présent livre, et le placer dans son magnifique cabinet, comme une marque de ma tendre amitié. —- L’abbé de Rothelin. »
Ce M. Gros de Boze, encore un collectionneur et  numismate passionné, fut garde du Cabinet des Médailles en 1719. Son érudition le fit nommer secrétaire perpétuel de l’Académie dés Inscriptions en 1706, et il remplaça Fénelon à l’Académie française en 1715.
A sa mort (1753), ses héritiers dispersèrent sa bibliothèque, et la Guirlande fut achetée par Jules-Robert de Cotte, beau-frère de Mansart,
qui la revendit à M. Gaignat à la vente de qui elle fut achetée par le duc de La Vallière, pour la somme de 780 livres.
 
Ce grand seigneur, le douzième possesseur de la Guirlande depuis Julie d’Angennes, avait hérité, en 1739, une belle fortune de la princesse de Conti, fille naturelle de Louis XIV et de Louise de La Vallière, et l’employa à composer une bibliothèque qu’il plaça dans son château de Montrouge.  Après sa mort, survenue en 1780, sa bibliothèque fut vendue aux enchères en 1784, et cette vente attira les principaux libraires de Paris et de Londres. Presque tous les livres furent achetés par le marquis de Paulmy d’Argenson qui les plaça dans sa bibliothèque de l’Arsenal, laquelle, comme on sait, fut rachetée en 1785, par le comte d’Artois, le futur Charles X.
Quant à la Guirlande, elle fut rachetée à cette vente par la propre fille du duc de La Vallière, la duchesse de Châtillon, qui se porta acquéreur par l’entremise d’un libraire anglais nommé Peyne.
Aux enchères, le manuscrit fut poussé jusqu’à 14 510 livres, dont la duchesse de Châtillon n’eut qu’à s’acquitter qu’en « moins prenant », suivant le terme notarial. La duchesse de Châtillon n’avait que deux filles : la princesse de Tarente et la duchesse d’Uzès , celle-ci hérita, à la mort de sa mère, de la Guirlande qui revenait ainsi, après un long détour, aux mains des descendants de Julie d’Angennes, les d’Uzès, qui la possédèrent jusqu’à son achat par la Bibliothèque Nationale avec le concours du fonds du Patrimoine du Ministère de la Culture en 1989.
La Guirlande de Julie n’a été exposée que deux fois. En 1878, le duc d’Uzès,  la prêta pour l’exposition universelle de 1878; mais ensuite, sa veuve, née Anne de Mortemart, celle-là même qui a laissé, en disparaissant à quatre vingt-cinq ans en 1933, le souvenir d’une si populaire silhouette, se fixa une règle stricte de ne pas s’en dessaisir pour des expositions. Ce n’est qu’en 1935 que la Guirlande vit le jour de nouveau à l’exposition du troisième centenaire de l’Académie française à la Bibliothèque nationale. Telle est l’histoire de la Guirlande. Ajoutons que le duc d’Aumale, en 1893, deux ans avant sa mort, toujours féru de beaux livres, en avait offert à la duchesse d’Uzès une somme qui, en francs dépassait le demi million ; mais celle-ci préféra conserver par devers elle ce manuscrit qu’avait eu entre ses mains Marie-Julie de Sainte-Maure, duchesse d’Uzès, née du lointain mariage du duc de Montausier, le Misanthrope, avec Julie d’Angennes de Rambouillet, la Précieuse.

La guirlande de Julie (Part 1)

                         Julie Luciana d’Angennes, dite l’incomparable Julie

Le baron Charles de Sainte-Maure (duc de Montausier) seigneur de Pugny, amoureux fou de Julie Luciana d’Angennes, bel esprit de l’hôtel de Rambouillet, salon tenu par sa mère Catherine de Vivonne (approximativement à l’emplacement de l’actuel pavillon Turgot du Louvre) , courtisa sa belle pendant quatorze ans.

Pour surpasser les nombreux prétendants de la belle Julie , le baron de Sainte-Maure conçu dans le courant de l’année 1632 l’idée d’un recueil de poèmes vantant les charmes de Julie.

Cette couronne poétique était composée de madrigaux (Poème de genre, court et sans forme fixe, de la poésie française classique. Généralement adressé à une femme, il a un tour galant ou tendre. Il peut être fondé sur un trait d’esprit)

Plus guerrier que poète,  Charles de Sainte-Maure, composa cependant 16 madrigaux, mais pour charmer la jeune femme qui était l’objet de son admiration et de son culte, et  lui offrir un ouvrage surpassant tout ce qui pouvait se voir alors de plus singulier et de plus délicat en galanterie, il eut l’idée de demander aux habitués du salon de Catherine de Vivonne, parmi lesquels les gens de lettres et quelques beaux-esprits de ses amis Georges de Scudéry, Desmarets de Saint-Sorlin, Conrart, Chapelain, Racan, Tallemant des Réaux, Robert Arnauld d’Andilly, père et fils, Isaac Arnauld de Corbeville, Arnauld de Briottes, le capitaine Montmor et son cousin, l’abbé Habert, Colletet, Claude Malleville, Philippe Habert, le chevalier de Méré, Antoine Godeau, dit le nain de Julie, Pinchesne, peut-être Pierre Corneille et le marquis de Rambouillet, d’écrire des poésies où chaque fleur chanterait les louanges de Julie. Il en résulta un des manuscrits les plus extraordinaires du XVIIe siècle et un des points culminants de la société des Précieuses.

Le texte fut alors calligraphié sur vélin, en ronde, avec une admirable perfection par le célèbre calligraphe Nicolas Jarry et la fleur citée dans chaque poème peinte par Nicolas Robert. Le manuscrit comprenait 90 feuillets in-folio. Après le titre, venaient trois feuillets de garde, suivis du faux-titre formé par une guirlande de fleurs au centre de laquelle étaient écrits ces mots : La guirlande de Julie.

Trois autres feuillets blancs séparaient ce frontispice d’une seconde miniature qui représentait Zéphyre tenant une rose de la main droite et, de la gauche, une guirlande de vingt-neuf fleurs.

Parmi les autres feuillets, vingt-neuf portaient chacun une fleur peinte en miniature ; les autres présentaient un ou plusieurs madrigaux relatifs à chaque fleur. Les madrigaux étaient au nombre de soixante-deux. La reliure, en maroquin rouge, avec les lettres J et L enlacées, était l’œuvre de Le Gascon, l’un des plus habiles relieurs français.

Charles de Sainte-Maure en fit faire deux exemplaires pareils, et chacun fut enfermé dans un sac de peau d’Espagne. À son réveil, Julie trouva ce présent sur sa toilette.

Julie d’Angennes reçu ce recueil en 1641 et finalement épousa son soupirant en 1645.

Après la mort de Charles de Sainte-Maure, qui survécut dix-neuf ans à sa femme, ce précieux volume passa à leur fille, la duchesse de Crussol-d’Uzès, et fut possédé plus tard par le duc de La Vallière. Lors de la vente de la bibliothèque de ce dernier, il fut acheté 14 500 livres par des Anglais. Il a été racheté depuis par la fille du duc de La Vallière. Le manuscrit est actuellement conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.

Nous reproduisons ci-dessous les 16 madrigaux écrits par Charles de Sainte Maure:

Madrigal 1

Madrigal 2

Madrigal 3

Madrigal 4

Madrigal 5

Madrigal 6

Madrigal 7

Madrigal 8

Madrigal 9

Madrigal 10

Madrigal 11

Madrigal 12

Madrigal 13

Madrigal 14

Madrigal 15

Madrigal 16

 

Sources : Bnf Gallica. Titre :  La Guirlande de Julie . Date d’édition :  1601-1700 Type :  manuscrit Langue :  français Format :  Parchemin. – 100 f. – 310 × 220 mm. – Reliure de Le Gascon, maroquin rouge semé des chiffres J et L entrelacés de Julie d’Angennes, dédicataire du recueil. Étui XIXe siècle signé Gruel Description :  Numérisation effectuée à partir d’un document original. Droits :  domaine public