Dernières traces de l’incendie de Chateauneuf en octobre 1793

Un de mes cousins qui a passé toute sa vie à Chateauneuf de Largeasse m’avait indiqué il y a quelques années qu’une porte d’un grenier y gardait les traces d’un incendie des guerres de Vendée.

Lors de ma dernière visite à Chateauneuf, le propriétaire du grenier et des restes du château,  a bien volontiers voulu me montrer ce dernier témoignage d’un terrible passé.

Grâce aux documents d’indemnisation de 1811 conservés aux archives départementales, nous avons pu reconstituer les circonstances de l’incendie.

En 1811, Napoléon 1er décidât d’accorder une aide financière aux propriétaires des bâtiments détruits ou endommagés lors des guerres de Vendée 17 ou 18 ans plus tôt. L’objectif était de faire disparaître les vestiges de cette abominable guerre civile, d’encourager la reconstruction et sans doute aussi … de faire des propriétaires  indemnisés des soutiens du régime impérial.

Photo du village de Chateauneuf au début du XXème siècle. Collection privée

 

Ces aides ont été répertoriées par communes et on y retrouve à Largeasse un détail intéressant en ce qui concerne Châteauneuf, propriété avant la révolution, comme le château de Pugny, du marquis de Mauroy :

  • « … tous lesquels bâtiments ont été incendiés dans le courant d’octobre 1793 par un détachement de l’armée qui alors était en station à Bressuire, et commandé par le général Desmare qui fut présent à l’incendie. »
Demande d’indemnisation de 1811 pour destruction d’un immeuble pendant les guerres de Vendée. Les conditions de l’incendie de Chateauneuf y sont très nettement décrits. Ref 1 M 604 AD 79

C’est ce même détachement qui incendia les communs du château de Pugny, le village de la « Rue », les châteaux de la Forêt sur Sèvre, ainsi que ceux de la Fenestre, de Lavau-Richer et d’Etrie à Chanteloup.

Au début octobre 1793, les armées républicaines parties de Niort, Parthenay et la Châtaigneraie effectuaient un mouvement concentrique du sud-est vers le nord ouest pour bousculer les armées vendéennes vers Cholet. Elles pratiquaient la politique de la terre brûlée pour terroriser les populations et ainsi encombrer l’armée vendéenne de dizaine de milliers de réfugiés. Châteauneuf est l’un des points les plus au sud des destructions effectuées.

L’adjudant général Desmares ne tarda pas à payer ses méfaits. Commandant les troupes républicaines basées à Bressuire d’octobre à décembre 1793, il fut sévèrement battu par une bande vendéenne à Jallais (49) le 7 décembre 1793. De ce combat est né le mythe de l’enfant soldat  républicain Joseph Bara, jeune protégé du général, glorifié par Robespierre et envoyé au Panthéon (et qui serait donc un des incendiaires de Châteauneuf et de Pugny!). Mais après sa défaite, Desmares fut démis de ces fonctions, jugé pour incompétence et trahison puis  guillotiné à Angers le 31 janvier 1794.

Porte de grenier de Chateauneuf qui garde des traces de l’incendie de 1793.

Voici comment la grande histoire rejoint la petite histoire d’une vieille porte de grenier…

J-Philippe Poignant

Une pensée pour Maurice Bordeau, décédé en 2017, qui m’a fait connaitre cette histoire de porte.

Merci à Raymond Deborde qui sait si bien retrouver des documents exceptionnels.

Merci à Pascal Paineau et Richard Lueil, qui m’ont informé des destructions du détachement Desmares.

Merci enfin à Monsieur Louis Berteaux, qui m’a ouvert sa porte,  pour sa gentillesse et sa bienveillance.