Une famille de Pugny aux origines protestantes. 2ème partie : la réhabilitation d’un mariage en 1730

Réhabilitation du mariage de Marie Branchu et Jacques Fradin.

Nous avons dans la première partie de cette série évoqué l’abjuration de 4 protestants de la même famille le 2 août 1730 à l’église Sainte Croix de Parthenay. Le second acte que nous allons découvrir est la réhabilitation du mariage de deux des nouveaux convertis, Jacques Fradin et Marie Branchu, 5 jours après  :

« Aujourd’hui septième aoust de l’année 1730, nous Pierre Jolivard chanoine curé de Sainte Croix soussigné, vu la réponse de Monseigneur XXXXX évesque de Poitiers qui dispense Jacques Fradin de la paroisse de Pugny, et Marie Branchu de la publication de trois bans pour la réhabilitation de leur mariage ensemble la commission à notre mère l’église pour faire la ditte réhabilitation XXXXXXXXXXXXXXX vu le consentement de Monsieur Audouin curé de Moncoutant de la paroisse duquel est la dite Branchu en conséquence de celle-ci avons fait la ditte réhabilitation XXX donne la bénédiction nuptiale dans cette église conformément à la dite commission qui a XXXXX en présence des soussignés

Signé : Jacques Fradin, Marie Branchu, XXX illisible, Turquand avocat ducal, Louise Jeanne Fradin,  Chaboceau subdélégué, Fortinière doyen,  de Chouppes chanoine,  Picault chanoine, Jolivard curé de Sainte Croix »

AD 79 BMS Parthenay Ste Croix 1617-1736 vue 138/144

Qu’est-ce que la réhabilitation d’un mariage ?

Jacques Fradin et Marie Branchu  se sont déjà mariés selon le rituel protestant probablement en privé ou « au désert ».  Mais ce mariage n’est reconnu ni par l’église ni par les autorités civiles ce qui crée des problèmes juridiques considérables (reconnaissance des enfants, succession et transmission du patrimoine etc…)
« La réhabilitation est un terme du droit civil d’ancien régime.  Comme les protestants n’avaient plus, depuis 1685 (révocation de l’édit de Nantes), ni état civil ni état religieux puisqu’en royaume de France les deux étaient confondus et que la religion réformée était prétendue disparue, les protestants français étaient considérés comme concubinaires : d’où impossibilité de faire bénéficier ces couples des « effets de droit » produits par le mariage. » Extrait du site internet http://huguenotsweb.free.fr
Ce re-mariage peut apparaître comme une nouvelle humiliation administrative et religieuse imposée aux nouveaux convertis Fradin-Branchu après leur abjuration.

Qui sont tous ces témoins ?

On retrouve tout d’abord les religieux de la collégiale Sainte-Croix déjà présents lors de l’abjuration du 2 août, soit Louis Picault ( ?-1759) et Pierre François de Chouppes (?-?), chanoines,  Charles Maynard de la Fortinière (1683-1750), doyen, et Pierre Jolivard (?-1746), curé de la paroisse. A noter que ce sont les seuls actes de cette période où les 4 chanoines signent ensemble, ce qui prouve bien l’importance et le caractère exceptionnel de l’abjuration et de cette réhabilitation de mariage.
La sœur de Jacques Fradin, Louise Jeanne, est aussi présente. Elle est l’épouse de Jean Sionneau, également converti le 2 août, et est alors enceinte de 6 mois. Il est bien possible qu’elle ait été détenue avec Marie Branchu au couvent proche de la collégiale le temps de la réalisation que toutes les formalités d’abjuration.
Autre témoin déjà présent le 2 août, Philippe Turquand (1693-1759), avocat ducal et probablement le défenseur des convertis.
Apparaît enfin sur cet acte de réhabilitation un nouveau personnage qui montre que la chasse aux protestants est à la fois une affaire de religion mais aussi d’autorité politique. Il s’agit de Louis Chaboceau (1685-1745), subdélégué de l’intendant du Poitou, et donc haut représentant du pouvoir royal. Ce fonctionnaire, dont le titre peut s’apparenter au sous-préfet actuel, serait le commanditaire des probables arrestations des nouveaux convertis.

Derrière ces deux actes exceptionnels d’août 1730, ressort le drame des protestants poitevins victimes pour leur foi  de brimades et de persécutions. La communauté du moncoutantais à particulièrement souffert des dragonnades de 1685-1686 lorsque Louis XIV révoqua  tous les textes établis par son grand-père Henri IV pour protéger le culte calviniste.

Mais en fait la répression s’est abattue sur les mêmes familles pendant des décennies et plusieurs générations. Nous suivrons dans un troisième article la fin de vie de Jacques Fradin et ses derniers démêlés avec l’église catholique.

J-P Poignant

Merci au Pasteur Denis Vatinel, à Raymond Deborde et à Albéric Verdon dont les  connaissances et l’immense travail généalogique m’ont  permis de rédiger cet article.