3ème partie, une famille de pugny aux origines protestantes : 1758, le dernier mariage d’un drôle de paroissien

La troisième partie de l’étude de la famille protestante Fradin-Branchu est encore consacrée à Jacques Fradin que nous retrouvons en 1758. Sa femme Marie Branchu est décédée à une date indéterminée.

Sur les registres paroissiaux du Breuil Bernard on trouve le 18 avril 1758 la naissance de :

… « Pierre Jacques, fils naturel de Marie Buchet . Maître Jacques Fradin a confessé en présence de Jean Piet et de Louis Aubrit que cet enfant est de lui et promet d’épouser la dite Buchet. Les parrains et marraines ont été Pierre Richard et Françoise Barbotteau qui ont déclaré ne savoir signer. » 

Signatures :  Jacques Fradin, Jean Piet, Louis Aubrit. Vergneault, curé du Breuil Pugny.  

Acte de Baptême du 18 avril 1758. BMS Breuil Bernard AD 79

On pourrait considérer cette naissance hors mariage comme un accident lié à l’ »empressement » d’un jeune couple mais ce n’est pas cela du tout.

Par l’acte de mariage du 29 avril 1758, on en sait beaucoup plus. 

… « j’ai conjoint en mariage Jacques Fradin, veuf en première noces de Marie Roy et en seconde de Marie Branchu, d’une part avec Marie Buchet, veuve en premières noces de Pierre Turpeau et en seconde de François Richard, en présence de Jacques Fradin fils du contractant, Pierre Grignon et Charles Chouc qui ont signé… « 

Signatures :  Jacques Fradin (marié), Jacques Fradin (fils), Pierre Grignon, Charles Chouc, Vergneault, curé du Breuil Pugny.

Mariage du 29 avril 1758. BMS Breuil Bernard AD 79

Les mariés et parents du bébé ne sont donc pas de jeunes tourtereaux mais des adultes mûrs. Jacques Fradin a alors en effet près de 80 ans !

En dehors de la peu courante aptitude tardive à procréer du père, on peut se demander ce qu’il s’est passé pour qu’en cette époque de grande surveillance morale, un tel « accident » ait pu se produire avec des personnes de cet âge !

Nous n’en aurons probablement jamais la preuve certaine, mais l’ hypothèse la plus probable est que nous avons affaire à un couple de protestants qui avait « oublié » de se marier à l’église. Nous avons vu dans les articles précédents que Jacques Fradin, notable huguenot avait été obligé d’abjurer en 1730 et de réhabiliter son mariage avec Marie Branchu sous la pression du subdélégué de l’intendant du Poitou. Il semble bien qu’il ait récidivé 28 ans plus tard, et que le curé Vergneault, prévenu de la naissance d’un enfant par une dénonciation ou la rumeur publique,  n’a pas raté l’occasion de remettre ces brebis égarées dans le « droit chemin ».

En 1758, le plus dur des répressions protestantes est passé. Les dernières « chasses aux pasteurs » par la maréchaussée dans le bocage datent de 1750. C’est cette même année qu’est exécuté en juillet à Poitiers Jacques Boursault, de Moncoutant condamné pour rébellion.  Il sera le dernier huguenot a subir ce sort dans le  Poitou.

Méreau de Moncoutant de 1752.
Ce jeton de plomb servait de laisser passer pour accéder aux cérémonies du désert. Photo extraite du livre d’Hélène et Jean Micheneau « Histoire de l’église réformée de Moncoutant » 2003

Ce mariage forcé aura donc probablement été :

  • la dernière humiliation de Jacques Fradin, vieux protestant réfractaire qui aura subi toute sa vie les brimades des autorités royales et religieuses.
  • un dernier baroud d’honneur d’un zélé curé du bocage.

A partir des années 1760,  la répression s’atténuera et les huguenots de Moncoutant pourront enfin exercer leur culte sans danger. Il faudra attendre 1787 et l’édit de tolérance de Louis XVI  pour que les protestants de France retrouvent un état-civil officiel. La révolution de 1789 apportera enfin la totale liberté au culte réformé.

1 an après son dernier mariage, le 27 mai 1759  seront célébrées au Breuil Bernard les obsèques de Jacques Fradin, « de son vivant marchand âgé d’environ 80 ans ». Ont assisté à son enterrement Jacques, Pierre et Louis Fradin (ses trois garçons nés du 2 ème mariage avec Marie Branchu), ses neveux Jacques Sionneau, Jacques Forestier et Pierre Loizeau (les deux premiers sont les enfants de ses beaux frères qui ont abjuré avec lui en 1730 à Parthenay),  son beau frère Henry Basty.

Le 8 novembre 1759 sera baptisée au Breuil Bernard Louise Perrine Fradin fille posthume de Jacques Fradin et de Marie Buchet. Après ces baptêmes, on ne trouve pas de trace du destin des deux enfants de ce couple.

Dans un prochain article nous évoquerons le destin de Louis Fradin, 2ème fils du mariage avec Marie Branchu.

J-P Poignant

Merci au Pasteur Vatinel et à Raymond Deborde, dont les nombreuses informations m’ont permis de rédiger cet article.

Les données historiques sur les dernières persécutions  et condamnations proviennent de ma lecture du  livre d’Hélène et Jean Micheneau « Histoire de l’église réformée de Moncoutant » 2003 Jolly Imprimeur Bressuire

Fin de la commune de Pugny

Même si cela est un peu passé inaperçu, une page d’histoire vient de se tourner.

Apres avoir été une seigneurie pendant près de  1 000 ans, Pugny est devenu une commune juste après la révolution française.

Elle aura été administrée pendant plus de 200 ans par divers maires.

Depuis le 1er janvier 2019, la commune de Pugny a été annexée dans une nouvelle commune : Moncoutant sur Sèvre.

Moncoutant sur Sévre

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette nouvelle commune est formée de  6 anciennes communes : Moncoutant,  Moutiers-sous-Chantemerle, Saint-Jouin-de-Milly, La Chapelle-Saint-Etienne, Le Breuil-Bernard et Pugny.

Les 6 communes formant Moncoutant sur Sèvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle s’étend aujourd’hui sur  9 278 hectares et compte 5 192 habitants.

La nouvelle commune regroupe aujourd’hui 120 associations actives dont l’A.C.P.

 

 

Une famille de Pugny aux origines protestantes. 2ème partie : la réhabilitation d’un mariage en 1730

Réhabilitation du mariage de Marie Branchu et Jacques Fradin.

Nous avons dans la première partie de cette série évoqué l’abjuration de 4 protestants de la même famille le 2 août 1730 à l’église Sainte Croix de Parthenay. Le second acte que nous allons découvrir est la réhabilitation du mariage de deux des nouveaux convertis, Jacques Fradin et Marie Branchu, 5 jours après  :

« Aujourd’hui septième aoust de l’année 1730, nous Pierre Jolivard chanoine curé de Sainte Croix soussigné, vu la réponse de Monseigneur XXXXX évesque de Poitiers qui dispense Jacques Fradin de la paroisse de Pugny, et Marie Branchu de la publication de trois bans pour la réhabilitation de leur mariage ensemble la commission à notre mère l’église pour faire la ditte réhabilitation XXXXXXXXXXXXXXX vu le consentement de Monsieur Audouin curé de Moncoutant de la paroisse duquel est la dite Branchu en conséquence de celle-ci avons fait la ditte réhabilitation XXX donne la bénédiction nuptiale dans cette église conformément à la dite commission qui a XXXXX en présence des soussignés

Signé : Jacques Fradin, Marie Branchu, XXX illisible, Turquand avocat ducal, Louise Jeanne Fradin,  Chaboceau subdélégué, Fortinière doyen,  de Chouppes chanoine,  Picault chanoine, Jolivard curé de Sainte Croix »

AD 79 BMS Parthenay Ste Croix 1617-1736 vue 138/144

Qu’est-ce que la réhabilitation d’un mariage ?

Jacques Fradin et Marie Branchu  se sont déjà mariés selon le rituel protestant probablement en privé ou « au désert ».  Mais ce mariage n’est reconnu ni par l’église ni par les autorités civiles ce qui crée des problèmes juridiques considérables (reconnaissance des enfants, succession et transmission du patrimoine etc…)
« La réhabilitation est un terme du droit civil d’ancien régime.  Comme les protestants n’avaient plus, depuis 1685 (révocation de l’édit de Nantes), ni état civil ni état religieux puisqu’en royaume de France les deux étaient confondus et que la religion réformée était prétendue disparue, les protestants français étaient considérés comme concubinaires : d’où impossibilité de faire bénéficier ces couples des « effets de droit » produits par le mariage. » Extrait du site internet http://huguenotsweb.free.fr
Ce re-mariage peut apparaître comme une nouvelle humiliation administrative et religieuse imposée aux nouveaux convertis Fradin-Branchu après leur abjuration.

Qui sont tous ces témoins ?

On retrouve tout d’abord les religieux de la collégiale Sainte-Croix déjà présents lors de l’abjuration du 2 août, soit Louis Picault ( ?-1759) et Pierre François de Chouppes (?-?), chanoines,  Charles Maynard de la Fortinière (1683-1750), doyen, et Pierre Jolivard (?-1746), curé de la paroisse. A noter que ce sont les seuls actes de cette période où les 4 chanoines signent ensemble, ce qui prouve bien l’importance et le caractère exceptionnel de l’abjuration et de cette réhabilitation de mariage.
La sœur de Jacques Fradin, Louise Jeanne, est aussi présente. Elle est l’épouse de Jean Sionneau, également converti le 2 août, et est alors enceinte de 6 mois. Il est bien possible qu’elle ait été détenue avec Marie Branchu au couvent proche de la collégiale le temps de la réalisation que toutes les formalités d’abjuration.
Autre témoin déjà présent le 2 août, Philippe Turquand (1693-1759), avocat ducal et probablement le défenseur des convertis.
Apparaît enfin sur cet acte de réhabilitation un nouveau personnage qui montre que la chasse aux protestants est à la fois une affaire de religion mais aussi d’autorité politique. Il s’agit de Louis Chaboceau (1685-1745), subdélégué de l’intendant du Poitou, et donc haut représentant du pouvoir royal. Ce fonctionnaire, dont le titre peut s’apparenter au sous-préfet actuel, serait le commanditaire des probables arrestations des nouveaux convertis.

Derrière ces deux actes exceptionnels d’août 1730, ressort le drame des protestants poitevins victimes pour leur foi  de brimades et de persécutions. La communauté du moncoutantais à particulièrement souffert des dragonnades de 1685-1686 lorsque Louis XIV révoqua  tous les textes établis par son grand-père Henri IV pour protéger le culte calviniste.

Mais en fait la répression s’est abattue sur les mêmes familles pendant des décennies et plusieurs générations. Nous suivrons dans un troisième article la fin de vie de Jacques Fradin et ses derniers démêlés avec l’église catholique.

J-P Poignant

Merci au Pasteur Denis Vatinel, à Raymond Deborde et à Albéric Verdon dont les  connaissances et l’immense travail généalogique m’ont  permis de rédiger cet article.