Les racines protestantes de la famille la Rochejaquelein

Pugny est situé dans le quart sud-est de la Vendée militaire, mais également à la limite est du bocage vendéen protestant dont les principaux centres étaient Moncoutant, Pouzauges, Mouchamps et La Chataigneraie. La population protestante du Moncoutantais représentait au début du XVIIème siècle entre le quart et la moitié de la population selon les paroisses. C’est pourquoi la plupart des familles anciennes de cette région, même si elles sont catholiques depuis de nombreuses générations, ont des ascendants protestants.

Lors d’une visite de Pugny des membres des Amis du Pont Paillat, groupes de passionnés d’histoire des guerres de Vendée, j’évoquais avec eux le fait que de nombreux combattants vendéens du secteur avaient des ascendants protestants, ce qui faisait qu’ils avaient le « privilège » d’avoir eu des ancêtres persécutés pour leur foi par Louis XIV et ses dragons, avant d’être eux-mêmes persécutés par les sans culottes de Turreau et Robespierre.

C’est à partir de cette remarque que nous lançons une série de plusieurs articles  consacrés aux racines protestantes des habitants du bocage, qui illustrent sous un autre angle l’histoire locale.

Pour débuter, nous allons commencer par la famille noble de la Vendée poitevine la plus prestigieuse, les La Rochejaquelein.

La famille du Vergier de la Rochejaquelein

Avant les guerres de Vendée, les du Vergier de la Rochejaquelein, établis au château de la Durbellière de Saint Aubin de Baubigné,  étaient déjà une des familles nobles les plus riches et les plus connues du Poitou. Les de Mauroy, châtelains de Pugny,  les fréquentaient  puisqu’on trouve en 1770 un acte de baptême du fils d’un serviteur du château avec comme marraine Anne Henriette, sœur du marquis de la Rochejaquelein (AD79 Pugny 1770, vue17/136).

Henri, le célèbre général des armées vendéennes (1772-1794), était  fils d’Henri Louis Auguste du  Vergier Marquis de La Rochejaquelein (1749-1802) et de Lucie Constance Bonne de Caumont d’Adde (1749-1798).

Portrait d’Henri de la Rochejaquelein (1772-1794) extrait de l’édition 1809 des Guerres de Vendée de Beauchamp
Descendants d’Agrippa d’Aubigné

Henri et Lucie de la Rochejaquelein étaient cousins éloignés et avaient pour arrière grands parents communs Marc Louis de Caumont et son épouse Marie de Valois de Villette

Marc Louis de Caumont seigneur d’Adde et du Puy de Magné (à Coulonges sur l’Autize)  a été baptisé à l’église réformée de Niort le 13 8 1628. Il était fils, petit fils, et neveu de nobles huguenots qui avaient servi Henri IV durant les guerres de religion.

Marie de Valois de Villette née en 1633 et aussi baptisée protestante, était la petite fille d’Agrippa d’Aubigné (1552-1630), un des principaux compagnons de jeunesse et de guerre d’Henri IV, protestant acharné et écrivain talentueux. Auteur en 1620 d’une « Histoire universelle » qui fut condamnée en justice, il préféra s’exiler à Genève pour s’exprimer sans contraintes et mourir dans sa foi plutôt que de vivre en France sous Richelieu et Louis XIII.

Agrippa d’Aubigné 1552-1630. Compagnon de route d’Henri IV et ancêtre des la Rochejaquelein. Image wikipédia
Cousins de Madame de Maintenon

Marie de Valois était également la cousine germaine de Françoise de Maintenon (1635-1719), deuxième femme de Louis XIV, elle aussi petite fille d’Agrippa d’Aubigné. Madame de Maintenon, baptisée catholique, a été élevée par la mère de Marie de Valois, Louise Artémise d’Aubigné (dite Madame de Villette (1584-1663)), et a grandi avec ses cousins huguenots au château de Mursay, à Echiré, près de Niort.

Photo du château de Mursay au début du XXème siècle. Il est depuis tombé complètement en ruine.

 

Madame de Maintenon fut enlevée à sa tante vers 12 ans pour être élevée dans le catholicisme. A partir de 1670, quand elle commença à prendre de l’importance à Versailles, elle poussa ses cousins à se convertir. C’est à cette époque que les de Caumont devinrent catholiques (page XVIII de la notice des Mémoires du Marquis de Villette, édition de 1844).

 

A noter que Madame de Maintenon, pour que sa famille soit religieusement « irréprochable » et pour plaire à Louis XIV, était prête à tout. Elle n’hésita pas à faire enlever en 1680 les enfants mineurs de son cousin Philippe de Valois de Villette, frère de Marie de Valois,  pour les convertir alors que leur père huguenot était en mer, commandant  un vaisseau de la marine royale.

Mme de Maintenon,née à Niort , 1635-1719, 2ème épouse de Louis XIV (Photo Wikipedia)

La plus jeune des enfants de Valois, devenue Marquise de Caylus, parle ainsi dans ses souvenirs de sa conversion à l’âge de 9 ans : « Je pleurai d’abord beaucoup,  mais je trouvai le lendemain la messe du roi si belle, que je consentis à me faire catholique à condition que je l’entendrais tous les jours et qu’on me garantirait du fouet ». (Souvenirs de Madame de Caylus, édition de 1823, page 46)

La famille La Rochejaquelein a donc des origines protestantes très affirmées et prestigieuses. Le passage au catholicisme de leurs aïeux fut celui de nobles forcés d’abjurer pour accéder aux plus hautes fonctions. Les simples roturiers du bocage devaient subir bien davantage de violence pour se convertir…

J-P Poignant

Je remercie le Pasteur Denis Vatinel, qui m’a fait connaitre la généalogie protestante des La Rochejaquelein et m’a tant appris sur mes ancêtres huguenots.

Le Pasteur Vatinel est le conservateur du Musée de la France Protestante de l’Ouest à Bois Tiffrais de Monsireigne en Vendée, qui mérite la visite de tout amateur d’histoire locale.

http://www.bois-tiffrais.org/