1794-1795 Le camp républicain de Largeasse

Contexte de l’installation du camp de Largeasse : de la restauration des autorités républicaines à l’automne 1793 au sursaut vendéen de l’été 1794. 

Après la défaite de la grande armée vendéenne le 17 octobre 1793 à Cholet et son passage au nord de la Loire (virée de galerne) où elle sera pratiquement détruite fin décembre, les autorités républicaines ont été reconstituées en novembre dans le bressuirais.

La population, traumatisée par les destructions causées  par les armées bleues lors de leurs mouvements en octobre (dont les dépendances et des métairies du château de Pugny), n’aspire alors  qu’à la paix et à panser ses blessures.

Mais les autorités civiles et militaires républicaines firent le choix d’une répression à grande échelle. Plusieurs centaines de personnes, suspectées d’être partisans ou sympathisants de l’insurrection vendéenne furent arrêtées lors de rafles qui eurent lieu en décembre 1793. Dans ce cadre, des habitants de Pugny furent envoyés à Saumur pour y être exécutés. D’autres furent jetés dans les cachots du donjon de Niort. Beaucoup de ceux qui ne furent pas guillotinés y périrent du fait des épouvantables conditions sanitaires.

Puis en janvier 1794, le général en chef Turreau lança sur la Vendée désemparée ses colonnes infernales qui commirent d’innombrables crimes et tuèrent sur l’ensemble de la Vendée militaire des dizaines de milliers d’innocents sans défense. Cette politique répressive fut un échec pour les républicains. Dès la fin de janvier 1794, des bandes vendéennes se reconstituèrent.

A Courlay, le 6 février, elles attaquèrent et prirent un convoi de charrettes chargées des pillages des colonnes infernales escorté par des gardes nationaux de Moncoutant, dont plusieurs furent tués. Bressuire est évacuée par les républicains le 8 février.  Le même jour, Cholet est attaquée par les vendéens et le général républicain Moulin préfère se suicider plutôt que d’être fait prisonnier. Alors que les exactions des armées bleues continuent pendant des semaines, c’est le 18 avril à Boismé tout un détachement de plusieurs centaines de soldats républicains qui est mis en pièces.

Suite à une longue série d’échecs, Turreau est démis de ses fonctions en mai 1794. Une stratégie d’encerclement de la zone Vendéenne insurgée par des camps retranchés est alors mise en place, comme le village d’Astérix entouré de camps romains.

Construction du camp de Largeasse :  juillet – août 1794

Les incursions vendéennes sur l’Absie début juillet 1794 rendent indispensable la construction d’un camp intermédiaire entre celui d’Antigny près de la Châtaigneraie  et celui de Chiché près de Bressuire.

Il semble que l’emplacement de ce camp devait se situer tout d’abord près de Moncoutant. Mais le risque d’encerclement était trop grand, d’où le choix de Largeasse, qui permettait si nécessaire une retraite vers Parthenay.

La construction débute fin juillet ou début août 1794. La première mention du camp dans un document officiel est dans un courrier du général Vimeux du 29 juillet (Guerre des Vendéens et des chouans, Savary, 1825, Tome 4, page 47). L’emplacement est sur une hauteur à 1.5km au sud du bourg de Largeasse, sur la route de Vernoux, au carrefour de l’ancienne route de l’Absie à Parthenay.

Mi-septembre, le camp est inspecté par le nouveau général en chef Thomas Alexandre Dumas(1762-1806), père de l’auteur des « 3 mousquetaires ». Il juge la position « en l’air et mauvaise » (Savary, page 116) et ordonne de faire fortifier le camp par le général Macors.

Général Thomas Alexandre Dumas Image wikipedia

Le rectangle est enrichi de saillants à la Vauban et entouré d’un fossé de 2.50m de profondeur avec une levée de terre  de 2, 50m également (Description du camp par Elie Auriault, bulletin société d’histoire de Parthenay 1960). On distingue encore sur quelques haies les restes de cette levée. Il est très probable que les hommes de la population locale subirent des réquisitions pour la construction. Des raids d’approvisionnements ont également du se dérouler, poussant la population de Pugny à se réfugier à Mauléon ou Courlay fin septembre. (Acte de baptême Savin du 1er octobre, AD 79 Mauléon ; acte de sépulture Drillaud du 7 octobre,  archives paroissiales de Courlay). De nombreux restes de parties métalliques de charrettes, vestiges des pillages du voisinage, ont été trouvées dans un des champs proche du camp.

Superposition nord -sud du camp de Largeasse

On sait que le 22 septembre 1794, la garnison affectée était le 2ème bataillon de la Marne avec un effectif de 871 hommes.(AD 85 en ligne, référence SHD B 5/120-4.)

Les combats autour du camp : octobre 1794

Des combats autour du camp eurent lieu en octobre 1794. Dans les mémoires de Pierre Devaud, soldat vendéen de l’armée de Stofflet,  une mention est faite du regroupement de troupes à Courlay pour l’attaquer. (page 64,  édition de 1882 sur Gallica).

Le 20 octobre, selon encore Savary (page 152) :

« Un détachement du camp a soutenu une fusillade de plus d’une heure contre 500 brigands dont 40 ont été tués et un grand nombre blessé. Un prêtre s’est trouvé parmi les morts. Ce succès a valu la prise de deux caisses de tambours, des selles, des bottes, 15 fusils, etc… Luneau et Baudu, chefs pris sans armes, ont été faits prisonniers. Nous avons perdu 7 hommes et 6 blessés, dont 2 à mort. »

Extrait Combat de Largeasse du 20 octobre 1794. (AD 85 Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense (Vincennes) SHD B 5/10-73, vue 8/14)

Près de l’entrée du camp se situe un champ dénommé « du poteau ». où il semble que des exécutions ont eu lieu. A cette même période une partie du bourg de Pugny a été détruite probablement en représailles (formulaires de demande d’aide à la construction de 1811 AD 79 ref 1 M 600 et 606)  .

La fin du camp : mars 1795

Malgré ces combats, le camp n’arrêta pas les incursions vendéennes vers le sud. Durant l’hiver 1794-1795, les autorités républicaines, voyant qu’elles ne viendraient jamais à bout de la révolte vendéenne, entamèrent des négociations de paix avec Charette et Stofflet qui aboutirent aux traités de la Jaunaye et de Saint Florent le vieil (février et mai 1795).

Il semble que c’est dès le début de cette période de pacification que  le camp de Largeasse fut abandonné. Selon le « Journal de Louis Thomas » , paysan de la Chapelle Bertrand (Bulletin de la Société historique de Parthenay, transcription par Albéric Verdon, 2008,  page 22 ) :

« Le camp cessa d’exister le 28 mars 1795. Il dura environ neuf mois. Sitôt que la patrie (troupes républicaines) cessa d’être au camp, les brigands aristocrates y furent mettre le feu … tout le monde d’alentour en fut joyeux ». 

Ainsi se termine la présence d’une garnison républicaine au cœur de la Gâtine. Après 2 ans d’une guerre effroyable, le pouvoir républicain accordait aux insurgés vendéens la liberté religieuse, ce qui était pour eux une grande victoire. Même si la région connut des troubles pendant encore 5 ans avec d’épisodiques flambées de violence,   la première guerre de Vendée, la plus terrible, était terminée. Restait à la population à panser ses plaies, faire le deuil de ses morts et reconstruire, ce qui lui prit au moins 15 ans.

J-P Poignant

En complément :

Diverses évocations historiques du camp de Largeasse

Description de l’effectif du camp le 22 septembre 1794

Extraits mentionnant le camp de Largeasse du livre de Savary (1824)

Cartes du camp

Extrait bulletin société historique de Parthenay par Elie Auriault (1960)

Merci à Bernadette Boureau et Richard Lueil  qui m’ont procuré énormément d’informations pour cet article.

J’ai notamment utilisé les éléments de Richard sur le camp de  Largeasse publiés sur son blog « Chemins secrets ». C’est à lui que revient le mérite d’avoir fait sortir le camp de l’oubli sur internet.

http://chemins-secrets.eklablog.com/le-camp-de-largeasse-a105997552

http://chemins-secrets.eklablog.com/complements-sur-le-camp-de-largeasse-a130875894

http://chemins-secrets.eklablog.com/le-choc-de-largeasse-a130382128