1792-1794 : Pugny brûle-t-il?

Pugny brûle-t-il ? (1792-1794)

Photo www.expertise-sinistre.fr

Si l’insurrection de 1792 était le prélude des guerres de Vendée qui ont débuté en mars 1793, pour Pugny, l’incendie de son château était également le premier d’une longue série.  Le bourg et la plupart des villages ont été détruits par les exactions des armées républicaines sur une période qui semble avoir duré plus de deux ans.

Nous exploitons ici des documents accessibles aux archives départementales de Niort sous la référence 1 M 600 et 606 que notre ami Raymond Deborde a bien voulu nous faire parvenir. Il s’agit des demandes d’indemnisation de propriétaires de Pugny pour  faire face aux frais de reconstruction de leurs propriétés détruites pendant les guerres de Vendée.

Chronologie des destructions :

Août 1792 : Pugny a la particularité d’avoir subi une des toutes premières destructions des guerres de Vendée par l’incendie de son château lors de l’insurrection  de Moncoutant -Châtillon – Bressuire le 24 ou le 25 août 1792 par les troupes de la garde nationale de Pouzauges, La Chataigneraie et Fontenay le Comte  commandées par le maire de Pouzauges Josse.

Octobre 1793 : Sur le registre des reconstructions de 1811, il est mentionné qu’un ensemble de  bâtiments dont Pierre Louis Puichaud Girard est propriétaire, « ayant été incendiés dans le courant d’octobre 1793 par un détachement commandé par le général Desmars, commandant d’armée qui était alors à Bressuire pour marcher sur Châtillon ».  Il s’agit de  la maison du « colon », de ses toits aux bestiaux et du « grand grenier », ensemble qui semble correspondre aux différentes ailes du château, ainsi que les maisons du gardien de la Rue, et de la Morinière.

Extrait du courrier d’indemnisation Puichaud Girard mentionnant octobre 1793

C’est donc lors de l’attaque concentrique des armées républicaines contre l’armée vendéenne qui a abouti à la grande bataille de Cholet le 17 octobre 1793 que les dépendances du château de Pugny et des métairies environnantes ont été incendiées.

Le détachement républicain est bien identifié car il s’agit de celui de l’Adjudant Général Desmares (ou Desmarres). A cette période des unités républicaines provenant de La Chataigneraie et Parthenay ont ravagé le sud du bocage Bressuirais pour faire fuir les troupes vendéennes et la population vers Châtillon (Mauléon) et Cholet. Lors de ce mouvement de troupes, les châteaux de la Forêt sur Sèvre, ainsi que ceux de la Fenestre et d’Etrie à Chanteloup ont été incendiés. Toujours dans cette commune, le château de Lavau-Richer a vu son mobilier pillé.

L’Adjudant Général Desmares a commandé les troupes républicaines basées à Bressuire après la bataille de Cholet. Il fut battu par une bande vendéenne à Jallais (49) le 7 décembre 1793. De ce combat est né le mythe de l’enfant soldat  républicain Joseph Bara. Après cette défaite Desmares fut démis de ces fonctions, jugé pour trahison et guillotiné à Angers le 31 janvier 1794.

La mort de Joseph Bara (Tableau de J-J Weerts 1880) Photo Wikipédia Il est possible que le jeune héros républicain ait en fait été un des incendiaires de Pugny

 

Avril 1794 : La demande d’indemnisation de 1811 de René Fradin qui a sa maison dans le bourg de Pugny précise que l’ensemble de ses bâtiments a été « en totalité incendié en le courant du mois d’avril 1794 ». 

Extrait de la demande d’indemnisation de René Fradin

Le bocage bressuirais a été ravagé à partir de janvier 1794 par les colonnes infernales mises en place par le général en chef Turreau. Aucun des documents en notre possession ne mentionne de destructions à Pugny par ces unités. En revanche, il est certain que les premiers mois de 1794 sont marqués dans le nord Deux-Sèvres par la reprise des combats avec les retours d’outre Loire de La Rochejaquelein, de Stofflet et de Marigny. Les paysans soldats vendéens de Pugny y ont activement  participé. Le 18 avril 1794, jour du vendredi saint, une colonne républicaine a été mise en pièce par les hommes de Marigny à Boismé. On peut imaginer que des représailles ont été effectuées par les républicains d’où ces nouvelles destructions.

Octobre 1794 : la demande d’indemnisation de 1811 de Pierre Thibaudeau qui a lui aussi sa maison dans le bourg de Pugny précise que son bâtiment a été incendié « au cours d’octobre 1794 ».

Nous savons par un acte de baptême du 1er octobre 1794 de la paroisse de Mauléon établi par un prêtre réfractaire  que des habitants de Pugny s’y étaient réfugiés « à cause de la proximité de l’ennemi ». 

Extrait de baptême Mauléon 1er octobre 1794. (AD 79 BMS 1794-An X vue 2/85)

Au cours de l’été 1794, dans le cadre d’une stratégie d’encerclement des zones impossibles à contrôler, l’état major républicain a fait construire au sud de Largeasse un camp retranché où campent plusieurs centaines de soldats.

La correspondance de l’armée de l’ouest avec le comité de salut public nous précise que le 20 octobre 1794, lors d’une sortie, la garnison du camp de Largeasse a essuyé une fusillade d’une heure avec 500 brigands, 40 ont été tués contre 7 morts côté républicain.

Extrait Combat de Largeasse du 20 octobre 1794. (AD 85 Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense (Vincennes) SHD B 5/10-73, vue 8/14)

On ignore le lieu exact de ce combat. mais c’est probablement dans ce contexte que le bourg de Pugny a été incendié une nouvelle fois.

A notre connaissance,  il s’agit des dernières destructions d’une commune martyre qui en deux ans a perdu du fait de la guerre presque la moitié de sa population et dont bien peu de constructions sont demeurées intactes.

J-P Poignant

Grille en forme de sacré coeur vendéen du tabernacle de l’église de Pugny détruite elle aussi en 1793 ou 1794.

Merci à Raymond Deborde qui m’a fait parvenir les documents d’indemnisation, à Michel Chatry, Richard Lueil et Pascal Paineau dont les informations m’ont permis de rédiger cet article. J’ai notamment utilisé les éléments de Richard sur le choc de Largeasse publiés sur son blog « Chemins secrets » en juin 2017. http://chemins-secrets.eklablog.com/le-choc-de-largeasse-a130382128