Un épisode post révolutionnaire

Jean Philippe POIGNANT nous propose de nous pencher sur un épisode historique post révolutionnaire : l’indemnisation par l’état en 1826 des biens des nobles émigrés vendus comme biens nationaux à la révolution (milliard des émigrés),  au travers  d’une attestation remise par Antoine HUZE , ancien régisseur du château de Pugny,le 18 Novembre 1797, au citoyen Louis BICHOT, ancien palefrenier au château

Lettre du régisseur Huzé du château de Pugny

28 brumaire an 6 (18 novembre 1797) Archives départementales du Maine et Loire à Angers

archives privées classées 378 J

lettre originale HUZE

Retranscription

Je soussigné ci-devant régisseur de la terre de Pugny, certifie qu’à l’époque du mois d’avril 1792 (vieux style), que la dite terre fut séquestrée et que ma régie cessa , il était dû au citoyen Louis Bichot par M. Mauroy, alors propriétaire d’icelle dite terre, la somme de 216 livres pour trois années de gages en qualité de palefrenier au susdit lieu, en foi de quoi j’ai au dit Bichot, lui co-requérant, délivré le présent, pour lui valoir et servir ce qu’il appartiendra.

A Bressuire le 28 brumaire an 6 de la République une et indivisible.

Signé à l’original Huzé

Pour copie conforme Pour le maire de la Chapelle Saint Laurent Hérault

Interprétation :

C’est une copie de 1826 d’une attestation du 28 brumaire an 6 (18 novembre 1797), de Huzé, ancien régisseur du marquis de Mauroy et du château de Pugny. Elle doit servir à Louis Bichot, ancien palefrenier du château, comme certificat de créance  pour une valeur de 216 livres.                                                                                                                                                 Cette attestation de créance était peut-être à produire sur le montant  des prochaines ventes  aux enchères des biens saisis du Marquis de Mauroy. Il est à noter que les ventes de biens nationaux  du domaine de Mauroy ont été effectués le  22 vendémiaire an 6 (13 octobre 1797), les 4 et 24 germinal an 6 (24 mars et  13 avril 1798).

Ces ventes ont été effectuées en exécution des arrêtés des administrateurs départementaux  des 5 vendémiaire, 17 et 25 ventôse an 6 (26 septembre 1797, 7 et 15 mars 1798).

Commentaires

  1. Cette attestation est mentionnée dans une des lettres de Catherine de Mauroy-La Rochefoucault à Marie Louise Savin née Poignant, de Pugny, publiées par Florentin et Casimir Puichaud vers 1880.

«  » »Paris, rue de Babylone, faubourg Saint-Germain le 29 octobre 1826.

J’ai reçu, ma chère Lisette, en arrivant du midi, ta lettre en réponse à celle que je t’avais écrite pendant notre voyage…… Pendant mon absence il m’est venu plusieurs lettres du Poitou… Une autre est du maire de la Chapelle-S’-Laurent, M. Hérault, qui m’écrit que la nommée Bichot a trouvé parmi les haillons de la misère que lui avait laissés son mari, décédé depuis quelques mois, un certificat donné par le sr Huzé régisseur à Pugny, daté de Bressuire le 28 brumaire an VI, qu’il était dû au citoyen Louis Bichot par M. de Mauroy la somme de 260 livres pour trois années de gages en qualité de palefrenier du dit lieu. Ce maire m’écrit très honnêtement et me marque qu’il a engagé cette veuve à ne point mettre opposition à mon indemnité, il me prie de lui répondre pour qu’il puisse prouver à cette femme qu’il a fait ce qu’elle désirait. Je ne compte pas lui écrire parce que je ne veux pas qu’on fasse des armes contre moi. M. Huzé a donné tout ce qu’il a voulu. Je le connaissais, c’est tout dire. Mais comment se fait-il que pendant les six mois que j’ai été à Pugny ces personnes ne se soient pas présentées?

Une de Vidal (maire de Pugny) au nom, dit-il, de plusieurs habitants de sa commune qui ont travaillé au château, soit en qualité d’ouvriers , soit comme domestiques, qui lui ont dit qu’au moment de l’émigration des sommes assez fortes leur étaient dues par mon père, que me connaissant ils ne doutaient pas que je croyais que tout avait été soldé par M. Huzé, mais qu’il n’en était rien, que ces braves gens n’avaient jamais rien reçu, que tout ce monde était dans la misère, mais que cet état allait cesser connaissant mon cœur, etc Tout cela me parait bien extraordinaire. Premièrement parce que malheureusement tous nos valets de peine ont péri les armes à la main et qu’il n’y en avait que deux d’existants lorsque j’ai été à Pugny lesquels ne m’ont rien réclamé. Il n’y a rien de si facile que de demander, mais il faut savoir si l’on a droit. J’ai peu de confiance dans la validité de toutes ces demandes. J’avais connaissance de la créance de madame de Puiberneau. Ce n’est point sur le certificat du sieur Huzé que j’ai payé, ni sur le billet de mon père qu’on n’a pu me représenter; mais j’avais connaissance du placement et voilà pourquoi j’ai remboursé; mais je n’ai donné que la somme dont j’avais connaissance. Je ne compte point écouter des réclamations qui ne sont point appuyées sur des pièces légales. …

2. Le contexte de la copie de cette attestation est l’indemnisation par l’état en 1826 des biens des nobles émigrés vendus comme biens nationaux à la révolution (milliard des émigrés) . Les créanciers de ces nobles émigrés ont alors voulu récupérer leurs fonds, et Catherine de Mauroy –La Roche Foucault  s’étonne de l’apparition subite de ces attestations, alors que lors d’un déplacement de 6 mois à Pugny, personne ne s’était manifesté.

Il n’est pas impossible que la veuve Bichot a essayé en 1826 de se faire régler une créance qui avait déjà été réglée en 1798 à son mari suite à la vente des biens confisqués au De Mauroy