le château et les publications locales (part 1)

Le château de Pugny comme partie intégrante de la richesse du patrimoine des Deux-Sèvres n’est plus à démontrer.

Il a d’ailleurs été à de nombreuses reprises objet d’études ou mentionné dans des ouvrages locaux.

Nous commençons ce jour un état non exhaustif des publications mentionnant l’attrait historique ou architectural du château.

Le 17 Octobre 1992, était inaugurée, dans les salles du château de Genève, à Moncoutant, la belle et intéressante exposition sur les demeures du Moncoutantais. De cette initiative résulte un ouvrage publié en 1993 par l’association :KANCEL: Châteaux et demeures du Moncoutantais.

couverture du recueil
couverture du recueil

Les textes de Pascal PAINEAU et les dessins de Charles-Pierre TORRE, rendent hommage aux châteaux , manoirs et logis du Moncoutantais.

La page 14 de l’ouvrage est dédiée au château de Pugny:

Dessin de Charles-Pierre TORRE
Dessin de Charles-Pierre TORRE

Pascal PAINEAU décrit le château:

« Il ne reste malheureusement que des vestiges du château de Pugny, Installé depuis le Haut Moyen Age sur un escarpement, il se présente sous la forme d’un rectangle atteignant les cent mètres dans sa partie la plus longue. Aux quatre extrémités des murailles s’élevaient autrefois d’imposantes tours qui ont toutes été rasées. L’une d’elle appelée tour de la Boulangerie, renfermait plusieurs fours. Elle était munie d’un passage voûté sous lequel passait le chemin menant aux métairies voisines. A l’autre extrémité de la muraille, on pouvait admirer jusqu’à sa démolition en 1953, l’imposant donjon de cinq étages. Sur le côté le plus long, entre deux petites tours dont l’une a également disparue, s’ouvrent un grand portail du XVI° siècle et une porte piétonnière qui donnent sur la cour du château. Une pierre sculptée aux armoiries des Sainte-Maure datée 1557 surmontant le porche et une autre pierre provenant des cuisines avec les mêmes armoiries, la même date, prouvent que Guy de Sainte-Maure, seigneur du lieu en cette deuxième moitié du XVI° siècle, a entrepris alors de grosses restaurations au château médiéval. Face à l’entrée, l’habitation principale longue d’environ 60 mètres est malheureusement à l’état de vestiges : seule une partie des cuisines et des caves sont encore visibles.  A gauche en entrant, entre la tour de la Boulangerie et le donjon , se dressent les écuries qui pouvaient abriter 40 chevaux. De l’autre côté de la cour, en face, se trouvent les bâtiments où logeaient les domestiques. Les différents seigneurs de Pugny sont assez bien connus : vers la fin du XIII° siècle, ce sont les Coloigne qui possèdent la seigneurie. Cent ans plus tard, Geoffroy de Coloigne n’ayant pas d’héritier, le domaine passe à son beau-frère Guillaume d’Appelvoisin. Les descendants de ce dernier garderont le château jusqu’aux environs de 1500, époque à laquelle il échoit à Léon de Sainte-Maure, baron de Montausier. Le dernier Sainte-Maure à posséder l’édifice fut Charles, gouverneur de louis XIV. En 1694, la seigneurie passe aux Tellier de Louvois et , en 1716, aux Crussol d’Uzès. Le 5 février 1731, elle est vendue 130 000 livres à François-Denis de Mauroy. Son fils ainé, Jean-Denis, mort en 1818, sera le dernier seigneur de Pugny. Il émigrera lors de la Révolution et son château, incendié par les Républicain en août 1792, sera vendu comme bien national. »

Nous remercions chaleureusement Mme BOISSONNEAU pour ses recherches concernant l’exposition de 1992 et son don de l’ouvrage mentionné ci dessus.

Le soulèvement d’Août 1792 de Moncoutant au Moulin-cornet

Ce mois ci nous publions une étude de Pascal PAINEAU qui retrace avec précision les raisons de l’incendie du château par les gardes nationaux qui allaient au secours de Bressuire le 25 Août 1792:

« En Août 1792, les habitants d’une quarantaine de paroisses montent à l’assaut de Bressuire, citadelle révolutionnaire au milieu d’une contrée hostile. Après un siège laborieux, les assaillants sont finalement défaits et durement réprimés par des contingents de soldats appelés en renforts.

Cette révolte du bressuirais d’Août 1792, mérite une attention toute particulière, surtout parce qu’elle fait figure de répétition générale avant le soulèvement vendéen de mars 1793. D’ailleurs à y regarder de près, les causes qui ont motivé les deux insurrections sont très proche. L’une comme l’autre sont surtout la conséquence des déceptions ressenties par les populations rurales et le résultat de trois années d’incompréhension, de maladresse accumulées par les autorités révolutionnaires.

Une communauté solidaire

On le sait maintenant, le bocage bas poitevin est riche d’hommes et l’élevage, principale activité de la contrée, connaît, sous l’Ancien Régime, un développement remarquable. Mais vers la fin du XVIII° siècle, une crise due aux aléas climatiques va briser net cet essor. A ces problèmes rencontrés par l’élevage s’ajoutent les difficultés du textile de mauvaise qualité produit dans la région. La perte du Canada ou il était en partie expédié, le manque d’adaptation de ce produit aux nouvelles réalités marquent un manque à gagner important pour un bon nombre de paysans. Apparemment ces derniers s’inscrivent dans une hiérarchie sociale homogène: à la différence de la Plaine toute proche, les laboureurs du Bocage, dont la majorité vit sous le régime du métayage, sont loin d’être des coqs de village. Quant aux paysans moyens et aux journaliers, ils y mènent une existence moins misérable que dans le plat pays. Au XIX°   siècle, après la guerre de Vendée, on a voulu opposer ces métayers du Bocage attachés à leurs nobles maitres dans une région profondément religieuse, aux paysans d’une plaine déchristianisée. En réalité, les efforts entrepris dans le bocage par l’église de la Contre-Réforme sont loin de porter leurs fruits. Il faut remarquer d’ailleurs que Grignon de Monfort et ses missionnaires, dont on a voulu faire des inspirateurs du mouvement vendéen, se sont plus intéressés aux campagnes rochelaises qu’au Bocage. D’ailleurs, jusque vers 1750, celui-ci est si déficitaire en vocations cléricales qu’il doit accueillir des prêtres issus d’autres diocèses. En outre cela ne déplait pas aux Monfortains considérés comme des marginaux par l’église officielle, la piété des Bocains est moins intérieure, moins rationnelle qu’en Plaine, mais elle est plus collective, plus extériorisée, plus rituelle.

Enfin cette communauté Bocaine peu hiérarchisée entretient volontiers une culture rurale où l’on se montre rebelle à la conscription, à la pénétration des idées des Lumières. On méconnait l’écrit qui, en revanche fait une belle percée chez les paysans Plainauds. Au total, ce petit pays se singularise des terroirs voisins par quelques différences qui se seraient sans doute émoussées sans la coupure révolutionnaire. Dans le Bressuirais, comme ailleurs dans le Poitou, la révolution est saluée avec enthousiasme.

Les ferments de la révolte.

Mais après les débuts prometteurs de 1789, les paysans perdent leurs illusions durant 1790 et 1791. Le rachat des droits seigneuriaux et l’établissement de nouveaux impôts directs vont à l’encontre de leurs espérances. Certes, la révolution a supprimé l’ancien système fiscal honni mais elle l’a pratiquement rétabli sous la forme de contributions foncières et mobilières qui, installées à la va-vite, sans préparation sérieuse, se révèlent pesantes et injustement réparties.

La vente des biens nationaux qui aurait pu redistribuer la terre de façon plus juste accroit le mécontentement des paysans. Vendus par lots importants, les biens confisqués leur échappent en presque totalité. En fait c’est la bourgeoisie des villes voisines qui profite de l’aubaine pour accroître ses possessions.

Il en est de même pour le rachat des droits féodaux. De par son coût dissuasif, seuls les propriétaires urbains et de rares paysans aisés exploitent cette possibilité pour dégager leurs biens des rentes seigneuriales dont elles étaient grevées.

Ces premières déceptions accentuent très rapidement un clivage très net entre paysans et bourgeois, ou de façon plus générale, entre rural et citadin. Après s’être partagé les dépouilles du Clérgé, les notables des cités, en général des hommes de loi, s’accaparent en plus les responsabilités politiques et deviennent aux yeux des Bocains l’incarnation du nouveau régime.

Mais c’est bien la question religieuse qui va fédérer toutes les oppositions. Depuis 1790, la Révolution tente de créer une Église Constitutionnelle, ce que l’Église Romaine n’accepte pas. Beaucoup de curés du Bocage, soutenus par la communauté avec laquelle ils sont en osmose, n’hésitent pas à clamer leur opposition à la nouvelle politique religieuse de l’Assemblée. Une grosse majorité d’entre eux va alors refuser de prêter le serment à la Constitution Civile du Clergé (2/3 de curés non jureurs dans le district de Châtillon).

De plus dans le Bocage, la paroisse est considérée comme un bloc autonome, ou le social et le religieux sont étroitement imbriqués. De fait, les mesures de suppression et de regroupements de paroisses, donc de fermetures d’églises, sont considérées par les habitants comme une agression contre leurs coutumes, contre leur patrimoine. S’ajoutent à cela les menaces de déportation qui pèsent sur les prêtres réfractaires. persuadés qu’ils vont perdre à la fois leur curé et leur église, les Bocains ont finalement l’impression qu’on tente de leur ôter ce qui fait l’essentiel de leur culture.

Cette opposition à la politique religieuse de la révolution s’accompagne dès 1791 d’une véritable résistance au pouvoir local. Les municipalités tenues par les notables ruraux ont du mal à faire appliquer les décisions. La population coupée de ses nouveaux dirigeants, se refuse à payer l’impôt: dès février 1792, les commissaires qui doivent établir les rôles constatent que de nombreuses paroisses du district de Châtillon n’acceptent pas l’imposition foncière et s’opposent par la force aux opérations préliminaires.

Le soulèvement et la répression

Dès lors, le Bocage bressuirais est en effervescence : Depuis la fin de l’année 1791, on signale divers rassemblements contre les curés assermentés, les « intrus » qui sont l’objet de brimades, contre l’expulsion de leurs curés non-jureurs, contre la suppression des paroisses, contre les impôts, contre les municipaux. « L’explosion est prête à éclater », comme l’écrit Chasteau, administrateur du département des Deux-Sèvres.

C’est la proclamation de la « Patrie en danger » qui met le feu aux poudres. Celle-ci, on le sait, demande la levée de bataillons de volontaires suite à l’offensive des armées étrangères. Le 22 juillet 1792, le directoire du département des Deux-Sèvres prend un arrêté fixant au 19 août l’enrôlement et demande aux municipalités de faire deux listes : une de ceux qui acceptent de combattre de leur plein gré et une autre avec les noms de ceux qui refusent « cet acte patriote, afin qu’on les connut bien ». Cette première mesure inconséquente, en est suivie d’autres qui visent les curés non-jureurs.

Au jour fixé, le 19 août, des paysans des environs de Moncoutant, envahissent la maison commune et chassent PUICHAUD, l’administrateur du lieu. Tout de suite, l’insurrection s’étend. Les révoltés mettent à leur tête un noble, Baudry d’Asson, qu’ils vont chercher dans son logis. Le 21, les hommes sont plus nombreux à Moncoutant, on se porte alors sur La-Forêt-sur-Sèvre, puis sur Cerizay et, enfin, sur Châtillon, le siège du district. La ville est prise sans coup férir : les maisons des patriotes et des curés constitutionnels, les bureaux de l’administration sont alors pillés. De là, les 4000 à 5000 paysans soulevés se rendent en bandes vers Bressuire

le soulèvement d'Août 1792
le soulèvement d’Août 1792

Dans cette ville de 2000 habitants, une émeute le 28 juillet, a chassé Delouche, le maire de la cité, suspect de contrerévolution. Celui-ci, après des conflits avec des notables locaux, était passé du côté des insurgés. De même, la veille, jour de la foire Saint-Jacques, une bagarre avait opposé les citadins qui voulaient faire porter la cocarde tricolore à des paysans. En s’attaquant à Bressuire, les insurgés s’en prennent donc à la représentation directe du pouvoir révolutionnaire.

Durant deux jours, les 23 et 24 août (ndlr : veille de l’incendie du château de Pugny), les paysans, faiblement armés et manquant d’expérience n’arrivent pas à infléchir la défense de la garde nationale et des soldats présents dans la ville. Ceux-ci tiennent finalement jusqu’à l’arrivée des renforts venus des villes et des départements voisins. Ces troupes aguerries, pourvus d’artillerie font un véritable massacre chez les insurgés (de 100 à 600 morts selon les sources).

La tension accumulée pendant cette bataille des »Moulins-Cornets » se traduit alors par une série d’exécutions sommaires et d’actes de cruauté sur les vaincus. Les prisonniers sont envoyés à Niort où le tribunal criminel se montrera finalement clément. Les autorités ont tout à fait conscience de la gravité de la situation et choisissent plutôt de faire passer les accusés pour des victimes fanatisées, manipulés par les prêtres réfractaires. Quant aux paysans du district, ils se terrent en attendant des jours meilleurs.

Mais la contestation, la résistance au pouvoir révolutionnaire continuent. Obsédée par le complot des nobles et des curés réfractaires réunis, l’administration ne comprend pas l’origine profonde du soulèvement du Bressuirais.

La haine des paysans de cette contrée de la Vendée pour la Révolution va encore être contenue pendant quelques mois, mais tout est en place pour la grande révolte de 1793.

(NDLR: le lendemain 25 août, alors que de nombreux bataillons continuent d’arriver sur Bressuires,  Pugny subit les représailles des patriotes: les gardes nationaux de Pouzauges, de la Chataigneraie et de Fontenay qui se rendent sur Bressuire s’arrêtent au château, et là, à l’instigation du maire de Pouzauges :Josse, se mettent à piller, saccager et finalement incendier le château.)